Ou
(Dans l'bon vieux temps ça s'passait d'même)
Dans le causerie de ce soir, je vais essayer
de démystifier pour le bénéfice des plus jeunes, une période
que les vieux amateurs se plaisent à appeler "le bon vieux temps". Comme
nous sommes en pleine période des fêtes, j'ai donc intitulé
ce réseau, comme dans la chanson, "Dans l'bon vieux temps, ça
s'passait de même".
On en entend souvent parler, de ces années
d'autrefois, parfois peut-être dans un langage qui se veut volontairement
ou non, inflationniste. Est-ce que les cinquante dernières années
de la radio amateur au Québec ont été vraiment ce que les
plus vieux en disent? Et ces vieux, comme on les nomme affectueusement parfois,
est-ce qu'ils retourneraient 50 ans en arrière? Je ne saurais répondre
à cette question. A la fin de cette causerie, il y aura un forum qui
vous permettra de vous exprimer sur ce sujet.
A coup sûr, ces années étaient
des années de découvertes. Tout était à inventer
ou presque. On y reviendra tout à l'heure lors de la période de
commentaires qui suivra ce réseau.
Les radio amateurs et ils sont nombreux, qui
ont obtenu leur licence dans la dernière décennie et surtout depuis
la déréglementation ont souvent entendu parler du bon vieux temps
de la radio amateur. Comment ça se passait sur les ondes il y a cinquante
ans. La plup??art d'entre vous n'étaient pas encore nés et ceux
qui étaient déjà de ce monde étaient encore bien
jeunes. Le réseau d'aujourd'hui va essayer de vous transporter, tout
comme la toupie du temps de Jacques Le Matamore, quelque 40 ou 50 ans en arrière
et nous verrons ensemble ce qui en était vraiment de ce bon vieux temps
que les anciens amateurs semblent tant chérir. Pour vous les plus vieux,
ceux du moins qui ont vécu cette époque, vous n'apprendrez rien
de bien nouveau, mais pour les amateurs de récente date, la connaissance
de cette période établira, j'ose l'espérer, un lien entre
les anciens et les plus jeunes qui permettra de mieux comprendre l'évolution
de notre passe-temps préféré à travers le temps.
Raconter tout ce qui s'est passé sur une
période aussi longue demanderait un livre de plusieurs centaines de pages
et dépasserait le cadre d'un simple réseau. Alors, ne soyez pas
peinés si je ne parle pas de vous. Si ma mémoire me permettait
de me souvenir de tous ceux qui ont traversé ma vie de radio amateur
depuis 50 ans, ce n'est pas de quelques heures dont j'aurais besoin, mais de
plusieurs semaines pour ne pas dire plusieurs mois. C'est donc un simple survol
des principaux événements qu'on va tenter de revivre ensemble.
Il est vrai que les années 1950 étaient
des années fascinantes pour la radio amateur. Établir un contact
entre Montréal et St-Hyacinte représentait pour le jeune amateur
que j'étais presqu'un exploit. Imaginez quand nous contactions Drummondville,
Sherbrooke ou Québec. La bande de 75-80 mètres était utilisée
intensément. Ceux qui utilisaient les autres bandes de 40, 20 et 10 m??ètres
étaient presque considérés comme des génies. Ceux
qui utilisaient le 2 mètres, étaient vus comme des plombiers,
à cause des circuits résonnants qui utilisaient des lignes parallèles
fabriquées de tuyaux en cuivre que les plombiers utilisaient. Les répéteurs
n'étaient même pas dans les pensées les plus avant gardistes
des expérimentateurs du temps.
Aux Etats-Unis, un début de déréglementation
se pointait à l'horizon avec l'avènement de la classe novice qui
rendait ce hobby passionnant beaucoup plus accessible. Au Canada, on parlait
bien parfois de dé-réglementation, mais en termes plutôt
timides. Les années 50 étaient l'époque des lampes à
vide, que certains amateurs comme Yvon, VE2AOT, de Sherbrooke, avaient baptisé
affectueusement des "bouteilles à feu". L'expérimentation était
à l'honneur, la plupart des amateurs construisant eux-même leur
équipement, tout au moins leur équipement de transmission et certains
accessoires. Les récepteurs, quant à eux, étaient généralement
achetés tout construits, car tout comme aujourd'hui, il n'était
pas facile de construire un récepteur performant fonctionnant sur toutes
les bandes et surtout ayant une apparence un peu décente. Le récepteur,
dans un shack, c'était le roi du bureau, et peu d'amateurs se mesuraient
au défi de le construire eux mêmes.
C'était aussi l'époque de la télégraphie,
de la téléphonie en modulation d'amplitude, du radio-télétype
dont l'abréviation était RTTY. C'était aussi les débuts
de la télévision à balayage lent, des émissions
en fac-simil&e??acute; utilisant des émetteurs récepteurs à
tambour qui gravaient leurs textes et leurs dessins sur du papier thermique
qui dégageait la senteur du petit canard à la patte cassée
en brûlant son message. C'était l'époque des dynamoteurs
et des vibrateurs qui fournissaient le haut voltage aux mobiles. Et parlant
de haute tension, celle-ci pouvait varier entre 100 et quelques milliers de
volts, selon la puissance désirée. La plus grande prudence était
de mise quand il fallait manipuler ces voltages élevés. Plusieurs
vieux amateurs portent encore la marque de ces chocs électriques qui
auraient pu en faire des clef silencieuses. Il faut croire qu'ils étaient
faits forts les amateurs en ces temps reculés.
Les répéteurs de deux mètres
n'ayant pas encore vu le jour, les émissions mobiles s'effectuaient en
HF surtout sur la bande de 80 mètres bien que les autres bandes fussent
aussi utilisées à un degré moindre. Certains inconditionnels
du code morse, tel Jean Fortier, VE2AV, ne faisait que du CW en mobile. Jean
avait été un pionnier de la radio amateur au Québec, ayant
débuté en 1920 au moment ou aucun poste de radio, commercial ou
autre, n'existait encore au Canada du moins de façon officielle. Jean
avait modifié un appareil de surplus de guerre et il attachait une clé
de télégraphie à sa cuisse droite ce qui lui permettait
de faire de nombreux QSO en mobile. Son émetteur-récepteur, d'une
grosseur plutôt impressionnante, était installé sur une
partie du siège arrière de sa Vailliant, et pouvait lui servir
de chaufferette en hiver. L'autre moitié du siège étant
occupé par sa belle-mère qui devait être très prudente
lorsqu'elle voulait bouge??r le moindrement, les brûlures de radio fréquence
étant la norme plutôt que l'exception dans cette installation plutôt
broche à foin. Mais notre homme réussissait quand même à
faire de nombreux contacts malgré la terreur que tout cet équipement
inspirait à sa pauvre belle mère.
Les années 50 avaient vu l'introduction
de la licence novice aux Etats-Unis, ce qui avait ouvert la porte à l'arrivée
massive de nombreux nouveaux amateurs. L'examen de code morse avait été
réduit à 5 mots à la minute et l'examen théorique
se limitait à un test de base très simple. Par contre, cette licence
n'était valable que pour une période d'un an et ne pouvait être
renouvelée. De plus, l'usage de certains segments de bandes bien définis
était obligatoire. La principale raison d'être de la licence novice
était de préparer les nouveaux amateurs à la licence générale.
L'American Radio Relay League, l'ARRL, avait publié le "Novice Licence
Manual" qui contenait des exemples des questions et réponses, mais ce
n'étaient que des exemples. Il n'était pas possible à un
aspirant novice de passer le test simplement en mémorisant ces questions
et réponses. Et le gouvernement américain ne les avait pas publiées.
Personne ne pouvait donc en faire le commerce.
Au Canada, dans les années 50, les examens
de radio amateurs étaient administrés par les inspecteurs du Ministère
des transports, qui devint ensuite le ministère des communications, Communication-Canada
et enfin Industrie-Canada. Au tout début de la radio, c'était
le Ministère de la Marine, division des radio-communications qui régissait
les activités radio dans tout?? le Canada. Aux Etats-Unis, c'était
et c'est encore le FCC, ou Federal Communication Commission. Pour ceux qui l'ignorent,
les préfixes qui identifiaient les licences novices étaient les
mêmes que les autres amateurs à l'exception de l'introduction de
la lettre "N" après la première lettre de l'indicatif. Par exemple,
WN1ABC ou WN8XYZ.
Au Canada, on parlait timidement de dé-réglementer
la radio amateur mais le processus était très lent et ne se mit
vraiment en branle que vers les années 1975. Le ministère des
communications de l'époque avait lancé une vaste consultation
auprès des amateurs via leurs clubs et associations respectifs et de
nombreuses réunions d'information avaient été tenues un
peu partout afin de faire le point sur ce projet. Bien entendu, toutes ces suggestions
demeurèrent lettre mortes et le gouvernement n'en introduisit aucune
dans sa formule finale.
Contrairement à ce qu'on a souvent entendu,
les amateurs des années 50-60 étaient en faveur d'un allégement
des pré-requis pour devenir amateur. En décembre 1954 alors que
j'étais le rédacteur de la revue "73" du club VE2DN qui était
le club de langue française de Montréal à cette époque,
j'avais écrit un éditorial sur le sujet. J'ai retrouvé
cet article que je vais vous lire. Vous serez à même de constater
que déjà en 1954, les amateurs étaient loin d'être
fermés au projet de dé-réglementation. Je vous fais part
de cet article.
"Un soir dernier, en écoutant les signaux
des amateurs WN et KN sur la bande de 80 mètres, je me suis posé
cette question: Pourquoi n'y aurait-il pas, comme chez nos voisins américains,
une classe novice au Canada. ??En effet, depuis les quelques années
que je pratique la radio amateur, j'ai eu l'occasion à plusieurs reprises
de parler de ce hobby fantastique avec des gens représentant plusieurs
métiers ou professions. Beaucoup d'entre eux désirent se joindre
à nous. Malheureusement, ces gens n'ont jamais eu l'occasion d'apprendre
les principes fondamentaux et le code morse nécessaire à l'obtention
de la licence et par le fait même, n'ont jamais été en mesure
de se présenter devant l'examinateur".
"Pour les amateurs qui possèdent déjà
leur licence, le code morse et les principes de bases de la radio ne sont plus
un problème. Mais tous par contre savent fort bien par expérience
qu'avant de savoir le code à la vitesse requise, ils ont dû peiner
et travailler de nombreuses heures qui se sont peut-être échelonnées
sur plusieurs années. Tous savent aussi que, une fois la fameuse licence
obtenue, le fait d'effectuer de nombreux contacts avec des amateurs dont la
manière de transmettre n'est pas la même de l'un à l'autre
a été une expérience qui leur a fait augmenter graduellement
leur rythme de transmission et de réception jusqu'à des vitesses
plus que respectables".
"Ceci prouve que l'intérêt que
l'amateur prend à faire de vrais contacts lui est sûrement d'un
grand secours pour l'aider à augmenter lentement mais sûrement
sa vitesse de copie du code morse. Il faut parfois plus d'un an de pratique
pour en arriver à toucher de justesse le 10 mots à la minute afin
de passer nos fameux tests, alors qu'après l'obtention de la licence
cette vitesse est doublée et parfois triplée en l'espace de quelques
mois. Il en est de même en ce qui touche l'aspect techni??que. Pour ceux
qui possèdent de bonnes connaissances en radio, l'examen du ministère
n'est qu'un jeu. Mais pour une autre personne qui peut à peine faire
la différence entre un condensateur et une résistance et qui n'a
pas la plus petite idée de ce qui se passe à l'intérieur
d'une lampe de radio, l'examen devient une bien grosse montagne, presqu'une
épreuve".
"L'adoption d'une classe novice au Canada
aurait pour effet de contourner en partie ces difficultés. Le nouvel
amateur novice aurait l'opportunité de se faire de nouveaux amis et apprendrait
facilement, tout en pratiquant son hobby favori, son métier de radio
amateur. De plus, le recrutement de nouveaux amateurs serait de nature à
réveiller quelque peu les activités sur nos bandes qui ont considérablement
diminuées depuis deux ou trois ans".
"Cette baisse constante des activités
a coïncidé étrangement avec l'accroissement de la popularité
de la télévision montréalaise. Il y a des amateurs qui
causent du brouillage (TVI) et qui ne viennent plus sur les ondes, et les autres
qui ne causent pas de brouillage mais qui doivent regarder la télévision
faute d'amateurs avec qui entrer en contact".
"La mise en place d'une classe novice pourrait
peut-être remédier à cet état de chose en facilitant
l'entrée dans nos rangs de nouveaux membres intéressés.
Il ne faudrait pas cependant donner des licences au premier venu qui ne voudrait
un indicatif que pour le placer sur son auto. Il faudrait quand même conserver
un certain contrôle. Le novice devrait, au renouvellement de sa licence
après la première année, être en mesure de prouver
son intérêt par de nombreux contacts affichés dans son livr??e
de bord". (Log book).
"Tout en exprimant ici une opinion personnelle,
j'aimerais la voir partagée par de nombreux amateurs réellement
intéressés à ce hobby fantastique. L'avènement d'une
telle classe de licence au Canada apporterait certainement un essor considérable
à notre passe-temps et ce serait pour le bien de nous tous, radio-amateurs".
Fin de l'article.
Voilà ce que j'avais écrit en 1954,
il y a de cela 44 ans. Ce n'est que quelques années plus tard que les
autorités avaient proposé une première ébauche de
dé-réglementation et ce qui avait été proposé
était justement l'ouverture d'une classe novice. Cette nouvelle classe
n'aurait exigé qu'un examen facile de code morse à 5 mots à
la minute ainsi que des connaissances minimales en électronique. La durée
de la licence de la classe novice aurait été de deux ans et aurait
ainsi permis au titulaire d'acquérir les connaissances et l'expérience
nécessaire à l'obtention du certificat supérieur de radio
amateur. Mais comme dans tous les cas ou les gouvernements consultent leurs
commettants, en ce qui nous concerne, dans notre cas, les clubs de radio et
les associations, ils ont dé-réglementé en ne tenant aucun
compte des suggestions faites et ont réussi à accoucher du fouillis
que l'on connaît tous. Revenons à notre causerie. Il n'est pas
dans mon intention de faire un procès au gouvernement.
Avant la dé-réglementation, il
y avait deux niveaux de licence pour accéder à la radio amateur.
La première licence et la deuxième licence. Ou encore, le certificat
de base et le certificat supérieur. L'examen qui donnait accès
à la première l??icence consistait à recevoir et transmettre
en morse à la vitesse de 10 mots à la minute durant trois minutes
consécutives avec un maximum de trois fautes. Le test de théorie
consistait à dessiner les schémas d'un récepteur superhétérodyne
de base, d'un émetteur très simple contrôlé à
cristal, d'un bloc d'alimentation non régularisé et d'un fréquence-mètre
simple. L'inspecteur posait alors des questions en utilisant les schémas
de l'aspirant amateur. Il changeait les composantes de valeur ou en modifiait
l'emplacement sur le dessin et l'aspirant devait expliquer ce que provoquait
ces changements. Une note de passage de 90% était exigée.
Le premier certificat de compétence en
radio permettait l'utilisation de toutes les fréquences en morse ainsi
que la téléphonie sur toutes les fréquences supérieures
à la bande de 10 mètres, soit 50 mhz et plus. Après une
période de 6 mois et sur présentation d'une preuve de contacts
en CW, on pouvait demander l'endossement de ce premier certificat sur les fréquences
de 10 mètres. Cette preuve de contacts était fournie aux autorités
par la tenue obligatoire d'un registre ou d'un livre de bord qu'on appelait
"log book". Chaque amateur tenait rigoureusement son livre de bord. Avec la
dé-réglementation, cette obligation fut abolie et c'est un peu
dommage, car après de nombreuses années de pratique de ce hobby,
on pouvait retrouver, dans ce fameux livre de bord, de nombreux souvenirs des
événements heureux ou malheureux de notre vie de radio amateur.
Revenons à nos moutons, c'est à
dire à nos licences. Le premier certificat n'était pas limité
dans le temps. Un amateur pouvait for bien opérer t??oute sa vie avec
ce certificat, mais en aucun temps, il n'avait droit à la téléphonie
sur les bandes HF, seul, le morse lui était accessible à l'exception
bien entendu de la bande de 10 mètres s'il avait obtenu son endossement.
Je peux vous affirmer qu'à cette époque, les règlements
étaient scrupuleusement suivis. Qui, parmi les plus vieux, ne se souviennent
de la réception d'un avis d'infraction et de la promptitude qu'on mettait
à y répondre.
Les amateurs qui désiraient faire le saut
vers la licence supérieure devaient se présenter au deuxième
examen au plus tôt un an après avoir obtenu son premier certificat
et passer les tests du certificat supérieur. L'examen était cette
fois beaucoup plus difficile mais après un an d'expérience et
de pratique, rares étaient ceux qui rataient ce deuxième examen.
Il fallait, lors de ce 2e test, dessiner le schéma
d'un modulateur de classe B et expliquer son fonctionnement pour ensuite le
faire fonctionner dans un émetteur conventionnel, dessiner le schéma
d'un moniteur de modulation, et plusieurs autres circuits du même genre.
Le test de code morse était augmenté à 15 mots par minute.
Ça peut vous paraître impressionnant, 15 mots par minute mais je
peux vous affirmer qu'après avoir effectué des centaines de contacts
en CW durant la première année, il n'était pas rare de
pouvoir copier le morse à des vitesses de beaucoup supérieures.
Une autre classe de licence a existé durant
quelques années; la licence numérique. Il n'y avait pas de test
de code pour passer cette licence, mais l'examen technique était très
difficile. Cette licence était réservée aux techniciens
qui d&eacu??te;siraient expérimenter avec les communications numériques.
Ce fut la naissance du packet.
Les toutes premières expériences
de transmission en packet se sont faites au Canada. C'est le dr. John De Mercado,
alors directeur général de la réglementation au Ministère
des communications qui avait été le maître d'oeuvre de ce
projet d'introduire une classe spéciale pour les communications numériques
aux environs de 1978. Cette licence avait encouragé les techniciens amateurs
à expérimenter avec la radio par paquets bien avant que ce mode
ne fut approuvé légalement.
Les premières émissions en packet
ont été réalisées par le MARC, le Montreal Amateur
Radio Club en mai 1978. Le groupe qui était responsable de ces expériences
se nommait le MP-Net, ou Montreal Packet Net et les instigateurs de cette expérience
étaient des amateurs de Montréal. On avait utilisé la bande
de 220 mhz et le code ASCII pour ces premières émissions, et le
protocole utilisé était le CSMA/CD qui veut dire Carrier Sense
Multiple Access with Collision Detection. Le protocole qui est maintenant employé
est, comme tous le savent, le AX-25 qui est un dérivé du X-25
commercial.
Ces expériences ont par la suite ouvert
la porte aux émissions en Amtor, en Pactor et le reste. D'ailleurs, le
pactor est la combinaison des mots packet et amtor. Ou le meilleur de deux mondes.
Les ordinateurs venaient de faire leur entrée dans le shack des amateurs.
C'est à partir du 15 septembre 1978 que le ministère des communications
annonçait dans un communiqué officiel que tous les amateurs du
Canada pourraient dorénavant opérer en packet sans posséder
au préalable la licenc??e numérique qui fut alors abolie.
Fait à noter, aux États-Unis, ce
n'est que le 17 mars 1980 que les amateurs de ce pays obtinrent l'autorisations
d'utiliser le code ASCII pour les transmissions numériques par paquet.
Bien que les nouveaux amateurs pouvaient opérer
en téléphonie sur la bande de 2 mètres, dès l'obtention
de leur première licence, ils demeuraient peu nombreux à se prévaloir
de ce privilège car, ne l'oublions pas, il n'existait pas de répéteurs
dans ces années là et l'activité sur la bande de 2 mètres
était réservée à ceux qui aimaient expérimenter.
Pour ce qui est des bandes de 220 et 440 mhz, il fallait être un peu plombier
pour construire des équipements sur ces fréquences, car les circuits
résonnants étaient fabriquées le plus souvent en tuyaux
de toutes dimensions. Ces bandes étaient très peu utilisées
à l'exception des techniciens chevronnés.
Ce n'est que dans les années 60 qu'on
vit se développer à une vitesse fulgurante les activité
sur la bande de 2 mètres avec l'installation des premiers répéteurs.
La préparation de ce réseau m'a
incité à faire une recherche sur les premiers répéteurs
au Québec. Voici ce que j'ai trouvé. Ces informations proviennent
du club de Granby. Tout d'abord, VE2TA. John Miller, le premier VE2TA, était
un amateur bien connu de la région de Montréal, étant très
actif au sein des différents clubs de langue anglaise tel le MARC. C'était
une famille de radio amateurs, son fils était VE2BN, qui est maintenant
domicilié en Australie sous l'indicatif VK4BN, et une de ses filles est
par?? la suite devenue VE3.
John Miller était aussi le beau-père
de Seymour Epstein, VE2TT. Au décès de VE2TA, Seymour et son frère
Murray, VE2AUU, décidèrent de perpétuer sa mémoire
en donnant son indicatif à un répéteur. Si ma mémoire
est bonne, Seymour était un consultant employé par Power Corporation.
Cette compagnie était propriétaire de la station de télévision
CHLT de Sherbrooke dont l' antenne de transmissions était installée
au sommet du Mont Orford. Seymour aurait donc obtenu des autorités du
poste CHLT, l'autorisation d'installer un répéteur amateur dans
leurs installations`du mont Orford.
Le 7 juin 1967, lors d'une assemblée du
club de radio de Granby, Jean-Paul Meunier, VE2BMJ avait discuté du projet
d'installation d'un répéteur sur le Mont Orford, qui utiliserait
la bande de 2 mètres et qui pourrait couvrir 150 milles à la ronde.
On pourrait compter sur une centaine de membres et le tarif fixé pour
en faire usage serait de 5.00$ par année. Les dépenses de mise
en service pourraient atteindre la somme de 100.00$. L'acceptation de ce projet
est proposée par Jean-Jacques Beaudry, VE2BLP et secondée par
Jean Pépin, VE2NT.
Au mois d'août 1967, VE2AUU qui était
alors chef coordonnateur national de l'AREC (Amateur Radio Emergency Corp),
avait été invité à rencontrer les membres du club
de radio de Granby à cet effet. Des membres des clubs de Trois-Rivières,
Québec et Sherbrooke assistaient également à la réunion.
L'antenne servant à la retransmission
par la station relais atteindrait une hauteur de 50 à 60 pieds au dessus
du sommet du mont Orford, celui-ci se situant déj&agrav??e; à
une altitude de plus de 3000 pieds au dessus du niveau de la mer. VE2BMJ serait
responsable de la station. Des stations semblables à celle que voulait
installer le club de Granby existaient alors à Québec, VE2OM,
Montréal VE2MT et Trois-Rivières VE2RTR dont Pierre Gélinas,
VE2AGI était le titulaire. C'est le club de Granby qui défraierait
le coût de l'installation de la station relais automatique.
Vu l'intérêt presque provincial
que représentait l'installation de ce répéteur sur le mont
Orford, plusieurs amateurs de l'extérieur étaient présents
à cette rencontre. VE2YK de Sherbrooke dont je ne me souviens plus du
nom, Murray Epstein, VE2AUU de Chomedey, Pierre Gélinas, VE2AGI, Claude
Dessurault, VE2AJD et Léon Trépanier, VE2BVV, tous de Trois-Rivières,
Jean Pépin, VE2NT de Bromont et Paul Couture, VE2SS, de Sherbrooke. C'est
précisément en l'honneur de ce dernier qu'un répéteur
de Sherbrooke porte cet indicatif.
L'équipement de transmission fut installé
originalement dans le garage de l'émetteur de la station de télévision
CHLT sur le mont Orford, puis déménagé, au cours de l'année
1968, dans son propre abri, une cabane de 4 par 4 par 8 pieds. La tour était
une Beaty d'environ 30 pieds, qui ne put résister aux hivers rigoureux
du mont Orford et qui fut éventuellement remplacée par un poteau
de bois. Le rôle que Seymour Epstein et son frère Murray ont joué
dans cette installation fut probablement d'intervenir auprès des autorités
de CHLT et de Power Corporation pour obtenir les autorisations nécessaires,
car il s'en est fallu de peu pour que ce répéteur soit mis hors
service tout de suite après sa naissance.
En effet, le chef ingénieur de CHLT n'entretenait
pas de très bonnes relations avec les amateurs. Lors d'une visite au
site de l'émetteur de télévision, il avait vu dans le garage
et sur le toit des équipements et des antennes qui étaient loin
de présenter l'apparence d'équipements commerciaux. De retour
à son bureau, il avait avisé les responsables du club de Granby
d'avoir à enlever au plus tôt ces équipements encombrants
et de les faire disparaître de sur la montagne. Comme les amateurs ne
sont pas par nature des gens nerveux, les responsables du club de Granby téléphonèrent
immédiatement à Seymour Epstein, qui a son tour donna un coup
de téléphone à un officier supérieur de Power. Notre
ingénieur malcommode reçu à son tour un appel de ses grands
patrons avec l'ordre de laisser les amateurs tranquille, qu'ils avaient toutes
les autorisations requises pour installer dans le garage de CHLT les équipements
et les antennes qui étaient nécessaires à la mise en fonction
du répéteur. Et VE2TA put être sauvé.
En octobre 1969, pour accumuler des fonds pour
l'entretien de VE2TA, une vaste collecte fut lancée sur le répéteur
et des certificats furent accordés à ceux qui contribuèrent
pour un montant minimum de 5.00$.
Le 4 février 1970, Jean-Guy Breton, VE2JB
et André Deslandes, VE2AKX, acceptèrent la responsabilité
de l'entretien du répéteur. Se rendre sur la montagne en hiver
était toute une expédition. Un voyage en remonte-pente suivi d'une
bonne marche dans la neige jusqu'à la ceinture. Les bouteilles qui étaient
transportées au site n'étaient pas toujours des bouteilles à
feu, mais ??plutôt des 40 onces de bon vieux gin.
En mars 1970, Adéodat Lacasse, VE2ABO,
fabriquait les pièces nécessaires à la construction de
nouvelles cavités. Donat Rivard, VE2BVR voyait à leur assemblage
et André Deslandes à la syntonisation.
La même année, Jacques Daigneault,
VE2BIN et Adéodat Lacasse, VE2ABO construisirent un nouvel édifice
d'une grandeur incroyable de 6 pieds par 8 pieds. Un vaste salon, quoi! Sur
le mont Orford, les cabanes construites par les amateurs n'avaient pas de porte.
En hiver, il y avait tellement de neige et de glace sur la montagne qu'une porte
aurait été inutile. A la place, de la porte, on accédait
à l'intérieur de la cabane par une trappe fixée sur le
toit. J'avais été visiter personnellement cette installation,
ce qui m'avait permis d'admirer le travail titanesque de tous ces amateurs que
rien n'arrêtait.
Les antennes, car il y en avait deux, étaient
montées sur un poteau de bois de 60 pieds de hauteur, gracieusement fourni
par Hydro Québec. Comme le mont Orford est plutôt rocheux, il n'était
pas question de planter ce poteau dans le roc solide. Pour le faire tenir debout,
on avait du l'ancrer sur le côté d'un promontoire rocheux à
l'aide d'énormes ancrages fixés dans le roc. J'avais vu ce poteau
et les ancrages qui le retenaient lors de ma visite, et laissez moi vous dire
que ce n'était pas un travail d'amateurs. Encore moins pour des amateurs.
Quel travail de professionnels ces amateurs de Granby ont-ils dû faire
pour que ce répéteur devienne réalité et surtout
pour qu'il continue de rayonner, de son immense couverture, sur un territoire
aussi vaste.
Concernant cet énorme poteau, une anecdote
à ce sujet voudrait que, le transp??ort vers le haut du Mont Orford
ne fut pas un pique nique. Il appert qu'un amateur bien connu et très
impliqué dans les opérations du club à Granby, Jean-Louis
Tétrault, VE2AFY avait offert au club de transporter le fameux poteau
en haut de la montagne. Jean-Louis était à cette époque
propriétaire d'une compagnie qui installait des annonces commerciales.
Il était donc équipé de camions aptes à effectuer
ce transport.
Il assigne donc un chauffeur et un camion, on
charge cet énorme et lourd poteau dans le camion et on se met en route.
Mais le chemin pour se rendre au sommet du Mont Orford n'est pas une autoroute.
A un certain endroit, on y côtoie un précipice impressionnant juste
dans une courbe suivie d'une pente prononcée. Arrivé à
cet endroit, le chauffeur panique et s'arrête net en disant à ceux
qui l'accompagnaient que la manoeuvre étant trop risquée, il ne
va pas plus loin et que sa journée est terminée à la grande
consternation de l'équipe présente qui pensait pouvoir installer
ce poteau la journée même.
Monsieur le curé Pierre Connelly, VE2BLY, qui ne s'en laisse généralement pas imposer, appelle Jean-Louis Tétrault et lui fait part de la situation. Jean-Louis demande de parler à son chauffeur. On ne saura jamais ce qu'il lui a dit mais notre homme rapplique en disant: OK les gars, je vais vous le monter votre maudit poteau, mais à condition qu'il soit déchargé du camion. Je vais le traîner jusqu'à l'endroit où vous le voulez. On décharge le poteau, on l'attache avec une forte chaîne, et le chauffeur, fermant probablement les yeux, s'engage dans la pente dangereuse à une vitesse à faire frémir Jacques Villeneuve lui-même. Le camion ne?? s'est arrêté qu'une fois rendu au sommet à la grande satisfaction des amateurs présents. On dit que le chauffeur, par la suite, ne voulut plus jamais rien savoir des radio amateurs et que jamais plus il ne s'est porté volontaire pour une telle expédition.
VE2TA est maintenant sous la responsabilité
de Sherham, le club de radio de Sherbrooke qui a repris avec honneur la tâche
de maintenir en fonction en dépit des difficultés que ce défi
représente, un des répéteurs les plus importants du Québec.**
Pour terminer ce bref historique de VE2TA, quelques
mots d'André Deslandes, VE2AKX. C'est André qui avait installé
le premier répéteur commercial sur le mont Rougemont à
l'endroit même où est localisé maintenant VE2RXW. Il avait
construit une bâtisse en blocs de béton et l'électricité
était fournie par une génératrice diesel. Même si
l'accès à Rougemont ne représentait pas les mêmes
difficultés que sur le mont Orford, ce fut quand même un travail
de titan que d'y construire un abri et d'y installer des équipements
de radio communication et de télé-chasseurs. La première
tour à Rougemont était une DMX-48 dont les ancrages avaient été
percées à même le roc.
VE2AKX a laissé à jamais sa marque
sur le répéteur VE2TA. Grâce à son dévouement
inlassable, à sa disponibilité et surtout à sa bonne humeur
communicative, il a été un maillon important de la chaîne
de radio amateurs dévoués qui a permis à ce répéteur
de traverser le temps. Il a laissé dans le coeur de ceux qui ont eu la
chance de le connaître, un ??souvenir impérissable. André,
à cette époque, était secondé dans ses efforts par
un autre amateur très impliqué du club de Granby, Jean-Guy Breton,
VE2JB. Les efforts de Jean-Guy, bien que le plus souvent dans l'ombre, n'en
étaient pas moins essentiels durant toute cette période.
Au décès d'André, sa succession
vendit à Michel, VE2KYP, les installations du mont Rougemont et c'est
grâce à lui maintenant si ce site est accessible aux radio amateurs.
Les amateurs ont véritablement envahis la montagne de Rougemont. En plus
des installations de VE2RXW, cette montagne abrite les répéteurs
VE2RAW en VHF, VE2RAW en UHF, VE2RYM en UHF, VE2CSC en packet et son lien radio
UHF avec Laval, VE2ROU, et depuis l'été dernier une station de
repérage APRS, VE2JOR-1, qui retransmet sur packet le positionnement
APRS des stations radio qui en font usage.
On a souvent cru que VE2TA avait été
le premier répéteur à être installé au Québec,
ce qui n'est pas le cas. Des répéteurs avaient été
installés dans quelques villes dont VE2MT à Montréal, mis
en service par Murray Epstein, VE2AUU, le frère de Seymour et qui était
le répéteur plus ou moins officiel du MARC. L'émetteur
de ce répéteur était installé au chalet du Mont-Royal
et son récepteur installé quelques milles plus loin, dans la demeure
de Corey Thompson, VE2IR. L'émetteur était relié au récepteur
par une ligne téléphonique. D'où l'absence de toute désensibilisation.
Une autre caractéristique intéressante de VE2MT c'est qu 'il était
relié à VE2TA par un lien radio dont l'indicatif était
VE2ZO. On mettait?? ce lien en service en sifflant dans son microphone. La
fréquence du sifflet n'avait pas d'importance. Quand on avait terminé,
on sifflait de nouveau et le lien se refermait. Ce fut sans doute l'ancêtre
préhistorique du touch-tone.
Le répéteur VE2RM était
aussi en existence dans la région de Montréal, plus précisément
sur le mont Rigaud, tandis qu'à Québec, les amateurs de la vieille
capitale avaient installé VE2OM sur le mont Bélair. A trois-Rivières,
Pierre Gélinas, VE2AGI, avait installé VE2RTR sur le mont Carmel.
La licence de VE2XW, maintenant RXW, a été émise au mois
de mai 1968 et le répéteur a été mis en service
le mois suivant, en juin 1968. J'avais raconté, il y a quelques années,
l'histoire de la mise en service de ce répéteur. J'y reviendrai
à l'occasion d'un autre beau dimanche.
Quelque deux ans après la mise en service
de VE2XW, j'avais installé VE2MT sur le mont Tremblant qui devint par
la suite VE2RMT. La région au nord de Montréal à cette
époque n'était pas très bien couverte par un système
à grand rayonnement et je voyais dans l'installation d'un répéteur
sur une montagne de 3000 pieds d'élévation une excellente opportunité
de combler cette lacune. J'avais été assisté et encouragé
dans cette entreprise par quelques amis, dont Gilles Tapp, VE2BTF, Roland Bourget,
VE2BBG, Jean Lord, VE2PL et Jacques Roy, qui a bien mérité aujourd'hui
de porter l'indicatif VE2MT car il était notre installateur de tours
et d'antennes attitré. Jacques a du regretter souvent de se compter parmi
mes amis. On l'avait baptisé Ti-singe, parce qu'il n'était heureux
qu'au bout d'une tour. Et?? je lui ai fourni bien souvent l'occasion de mettre
ses talents de singe en pratique et par le fait même de contribuer à
son bonheur car il n'était heureux que grimpé dans une tour.
A la même période, des expériences
avaient été tentées à Laurel, dans les Laurentides,
pour mettre en service un répéteur sur les fréquences de
146.760. C'était VE2DN. Les tests préliminaires avaient pourtant
été concluants avec Montréal mais une fois l'installation
terminée, le rendement de ce répéteur s'est avéré
si médiocre qu'il fut fermé après seulement quelques mois
d'utilisation.
Revenons à VE2RMT au Mont Tremblant. Il
avait fallu presqu'un an de démarches pour obtenir de la Société
Radio Canada les autorisations nécessaires à l'installation de
ce répéteur dans leur site de transmission de télévision.
Le loyer était de un dollar par année que j'ai acquitté
religieusement jusqu'à l'année dernière. Je voulais simplement
conserver ce privilège au Mont-Tremblant. Au cas ou... Mais comme je
commence à me faire vieux, j'ai laissé tomber ce bail au Mont
Tremblant. Je vais me contenter du mont Rougemont.
Un voyage au mont Tremblant n'était pas
une sinécure. Il fallait tout d'abord aviser les autorités de
Radio Canada de notre intention de s'y rendre, puis attendre qu'eux-même
doivent y faire un voyage pour leurs propres besoins. Nous avons eu la chance
inouie d'avoir comme responsable un certain monsieur Dubuc de Radio Canada qui
aimait bien les amateurs. Plus souvent qu'autrement, il s'arrangeait pour trouver
du travail à ses techniciens de façon à ne pas nous faire
attendre trop longtemps.
??
La journée convenue, on sortait du lit
à 5 heures du matin pour être au pied du mont Tremblant à
8 heures précise. Un technicien de Radio Canada nous y attendait, et
si le terra-jet fonctionnait, il nous transportait tout là haut, 3000
pieds plus haut. Si le terra-jet refusait de fonctionner, comme c'était
le cas une fois sur deux, il nous fallait transporter à pieds tout le
matériel nécessaire à l'entretien du répéteur.
C'était une marche de deux heures de montée hardue. Par contre,
la descente ne prenait qu'une heure. Le retour ne se faisait jamais avant 11
heures le soir.
Lors de notre premier voyage, alors que nous
devions transporter en plus du répéteur dans son cabinet, les
antennes, les tuyaux, le fil coaxial et l'outillage, nous avions échappé
une cavité mal attachée sur le porte-bagages du terra-jet. Heureusement,
les dommages avaient été minimes et la cavité avait quand
même pu être installée.
Pour ceux qui n'ont pas connu ce qu'était
un terra-jet, c'était un tout petit véhicule tout terrain fabriqué
à Drummondville, ancêtre des Honda confortables qu'on trouve aujourd'hui.
Quand je dis confortable, faut pas exagérer. Lors d'un de ces mémorables
voyages, Jacques, VE2MT, avait comme d'habitude travaillé très
fort toute la journée grimpé à 180 pieds dans la tour de
Radio Canada. Pour redescendre de la montagne, on lui avait assigné ce
qu'on pensait être le meilleur siège du terra-jet, le porte bagage
arrière. Comme il arrivait souvent, le moteur arrête au beau milieu
de la descente. Pas de problème, on n'a qu'à se laisser descendre.
Après quelques minutes d'une descente
endiablée ou l'ami Jacques flo??ttait dans les airs tentant tant bien
que mal de s'accrocher au véhicule, les freins commencèrent à
donner des signes de fatigue et le terra-jet, lancé à toute allure
sur les pentes de la montagne sans possibilité de contrôle était
devenu un bolide fou, sautant de pierres en pierres.
Le technicien de Radio Canada, conducteur du
véhicule, qui en avait déjà plein les mains à contrôler
son bolide, ne se rendit pas compte qu'il avait perdu Jacques quelque part tout
là haut, ainsi qu'une bonne partie du matériel que nous avions
arrimé au véhicule. Heureusement notre ami Jacques ainsi que l'outillage
furent récupérés par le reste de l'équipe qui descendait
à pieds et cette folle aventure se termina sans autre dommage que quelques
bleus au postérieur de Jacques suivis d'une marche forcée. Mais
depuis le temps, nous commencions tous à y être habitués.
Un autre anecdote dont le souvenir est demeuré
vivace dans la mémoire de ceux qui étaient des habitués
du mont Tremblant. Lors d'un de ces voyages, le regretté Fernand Gendron,
VE2AXK, une des figures dominantes et colorée de l'UMS à ses débuts
nous avait supplié de l'emmener avec nous participer à l'une de
nos excursions sur la montagne. Fernand avait apporté avec lui, en plus
d'une quantité de nourriture impressionnante, tout son attirail de photographie
pour immortaliser sur pellicule ce voyage assez particulier.
Ce matin là, le terra-jet refuse de démarrer
et on dut partir à pieds, bien entendu. Nous étions tous chargés
comme des mulets, mais Fernand, à cause de son équipement de photographie
et de son gros lunch était chargé un peu plus que les autres et
transpirait toute?? l'eau de son corps. Nous devions nous arrêter à
tout moment pour lui laisser reprendre son souffle, ce qui retardait d'autant
notre arrivée au sommet et par le fait même les travaux que nous
devions y effectuer ce jour là. Je dois dire que notre ami Fernand était
un gros fumeur. Un très gros fumeur. Et que son souffle était
plutôt court.
Devant l'impatience de l'équipe grimpante
qui commençait à se manifester par des grognements et des quolibets
à l'endroit de notre pauvre Fernand qui semblait escalader un véritable
calvaire, je suggérai aux amateurs de partager tous ensemble une partie
de ses bagages. Ce qui fut aussitôt accepté généreusement
par l'équipe et permit à notre ami de terminer sa montée
soulagé de son fardeau, mais traînant tout de même la patte
enveloppé d'un nuage de fumée. Il avait l'air de la locomotive
du mont Washington, chauffée au charbon, grimpant péniblement
sa montagne interminable. Durant la dernière partie du parcours, Fernand
ne cessait de répéter: Cârosse de cârosse, c'était
son patois, c'est la dernière fois que vous m'emmenez ici vous autres.
Vos cârosses de répéteurs, vous les installerez tout seul
à l'avenir. Et pour lui tirer la pipe un peu plus, on lui répondait:
Ben oui, ben oui, mon Fernand, un répéteur dans un salon c'est
pas mal moins fatiguant, mais ça va pas mal moins loin qu'un répéteur
sur une montagne. De toute manière, on n'a pas l'intention de te ramener
au mont Tremblant tant que t'arrêtera pas de fumer. On lui en a fait voir
de toutes les couleurs à notre pauvre Fernand.
Il est vrai qu'il fallait être un peu cinglé
pour oser installer un répéteur sur un sit??e aussi inhospitalier,
avec aussi peu de moyens. Tout comme les amateurs qui avaient installé
VE2TA au sommet du mont Orford d'ailleurs. Après cinq ou six ans de voyages
et de problèmes, et comme mon commerce de radio communication me demandait
de plus en plus de temps, j'ai transféré mes privilèges
sur le site du mont Tremblant au Club Laval Laurentide.
En 1950, les lampes étaient partout et
régnaient sur l'univers de l'électronique en roi et maître.
Il y en avait de toutes les grosseurs et de tous les voltages. Un voltage était
requis pour faire chauffer la cathode, un autre voltage devait être appliqué
à la plaque, à la grille écran et parfois à d'autres
éléments selon le type de lampe. Le voltage appliqué à
la plaque pouvait s'échelonner entre 50 à plusieurs milliers de
volts selon le travail que la lampe devait effectuer. Dans le cas des lampes
de transmission, il fallait utiliser un énorme bloc d'alimentation, presque
aussi volumineux que l'émetteur lui même. A notre époque
ou les transistors et les circuits intégrés sont la norme et utilisent
des courants et des voltages minimes, il est difficile d'établir une
comparaison avec les blocs d'alimentations utilisée en 1950 et ceux utilisés
maintenant.
Comme exemple, un émetteur d'une centaine
de watts utilisant la modulation d'amplitude devait posséder un bloc
d'alimentation séparé pour l'émetteur et le modulateur.
Si on additionne le poids des transformateurs de haut voltage, des bobines de
filtrage (choke) et des transformateurs de filaments, on pouvait se retrouver
avec une station qui pesait plusieurs centaines de livres.
Les bouteilles à feu, comme on les appelait
parfois en ces temps reculés, possédaient quand m??ême
un certain charme. On n'a qu'à penser aux rectificatrices à vapeur
de mercure qui s'illuminaient en bleu quand elles étaient mises sous
tension et dont le bleu changeait d'intensité selon les charges de l'émetteur
ou du modulateur. Un des avantages de ces bouteilles à feu c'était
qu'elles dégageaient beaucoup de chaleur, rendant les froides soirées
de nos hivers un peu plus confortables. Les lampes d'émission portaient
des numéros tels 807, 813, 814, 815, 829, 4CX100 et ainsi de suite. D'ailleurs,
la lampe 807 a donné naissance dans le jargon amateur, à une comparaison
avec une bouteille de bière, alors que la 813, beaucoup plus grosse était
jumelée à un liquide un peu plus alcoolisé tel un scotch
ou un gin.
En 1950, toutes les pharmacies étaient
munies de vérificateurs de lampes. Ces vérificateurs permettaient
aux consommateurs d'économiser sur le prix des visites à domicile
des techniciens en télévision, et bien entendu, les radio amateurs
ne furent pas les derniers à profiter de ce service gratuit. Bien sûr,
tout comme aujourd'hui Jean Coutu qui vend à peu près de tout,
les pharmacies vendaient aussi des lampes de radio. Mais les amateurs qui utilisaient
ces facilités ne pouvaient que vérifier les lampes de réception
car les lampes de transmission ne pouvaient pas être vérifiées
sur la plupart de ces instruments.
Les constructions maison étaient très
populaires dans les années 50. Les amateurs construisaient surtout leurs
émetteurs, soit HF ou VHF, bien que la construction des émetteurs
VHF était plus rare car on se contentait de modifier des équipement
commerciaux. On construisait aussi des blocs d'alimentation, des modulateurs,
des convertisseurs et parfoi??s des récepteurs pour ceux qui étaient
un peu plus entreprenants. Tous ces équipements étaient construits
à partir de pièces obtenues chez notre vendeur favori. A Montréal,
qui ne se souvient pas de Payette Radio, de Canadian Electrical Supply, de Manis
Radio, de Excel Radio et de quelques autres.
La maison Payette, certainement le magasin d'électronique
le plus connu et le plus fréquenté par les amateurs avait pignon
sur rue sur la rue Bleury, un peu au nord de la rue Craig. Au début des
années 50, ils déménagèrent leurs pénates
sur la rue St-Jacques, au 730, juste en face de ce qui est maintenant la tour
de la bourse ou la Place Victoria. Payette Radio était l'un des plus
anciens magasin d'électronique de Montréal. Les amateurs y avaient
leurs coutumes et leurs habitudes, et c'était par tradition le lieu de
rassemblement par excellence des amateurs de la région de Montréal
et peut-être aussi du Québec. Pop Payette, le propriétaire,
était toujours très généreux quand venait le temps
de participer aux activités des amateurs de l'époque. Cette générosité
s'est maintenue jusqu'à la fermeture du magasin en 1981 qui avait changé
de propriétaire deux ans auparavant.
On trouvait de tout chez Payette, du transformateur
Hammond aux condensateurs Centralab et aux résistances Ohmite. Payette
était aussi dépositaire des principales marques de radio en vogue
à cette époque, E.F. Johnson, Hallicrafter, Drake, National, Eimac,
CDR, Hi-gain. Quand un amateur avait décidé de construire ses
appareils, que de voyages devait-il effectuer chez Pop Payette. Quand j'étais
jeune amateur, j'y allais à bicyclette à partir de Rosemont.
Construire?? son propre équipement devenait
un défi en même temps qu'un objet de fierté. La première
chose à faire quand on décidait de se mettre au travail c'était
de décider quoi construire ou mieux, ce que nous avions les moyens de
construire. Là était toute la différence. Les amateurs
lisaient avidement les principales revues qui traitaient de la radio amateur.
Ces revues étaient bien entendu toutes américaines. Il y avait
QST, Ham Radio, CQ magasine, et dans les années 60 on vit apparaitre
la revue 73 du controversé Wayne Greene, W1NSD, qui aimait se nommer
en phonétique NEVER SAY DIE. Ces revues comportaient des articles de
construction très intéressants et très bien documentés
avec diagrammes, photos, liste de pièces. L'imagination du constructeur
faisait le reste.
Une fois la décision prise sur l'équipement
à construire, il y avait la traditionnelle visite dans le junk box que
tout bon amateur devait posséder dans un coin obscur de son schack, ou
encore dans le junk box de ses amis.
Excusez les anglicismes, il n'y a pas de traduction
adéquate pour qualifier cette boîte de pièces usagées
dont on voit parfois apparaître le contenu dans les nombreux hamfest.
Il est souvent arrivé qu'après
avoir construit leur chef-d'oeuvre, les amateurs lors de leur premier essai
les voyaient partir en fumée. On appelait ce doux moment qui se faisait
généralement loin des regards indiscrets, l'opération boucane.
Il n'est pas facile aujourd'hui de faire des opérations boucanes, les
transistors et les circuits intégrés n'étant pas très
"boucaneux" de nature.
Trouver les bonnes pièces pouvait devenir
un problème surtout si les fonds étaient un tan??t soit peu limités.
La mecque des constructeurs maison de cette époque était le magasin
de surplus de guerre qui, avec la fin de la 2e guerre mondiale avaient ouverts
un peu partout. L'un de ceux-ci, était Eugène Hardy sur la rue
Papineau coin Marie-Anne à Montréal. C'était un des plus
importants serrurier de la ville et il avait flairé la bonne affaire
en devenant le premier gros distributeur de surplus de guerre. On pouvait s'y
procurer toutes sortes de pièces à des prix ridicules et en quantité
illimitée. En 1948, ce fut mon premier emploi après la fin de
mes études à l'Institut Teccart. C'est à cet endroit que
j'avais connu André, VA2AF et son frère qui devaient devenir des
confrères de travail à Radio Canada quelques années plus
tard. Assis tous les trois sur des caisses de beurre dans le sous-sol du magasin,
nous démontions tous ces équipements de télécommunication,
radars et autres pour ensuite classer les pièces ainsi obtenues. Un peu
comme le fait aujourd'hui notre ami Gille, VA2GM, avec les cossins qui proviennent
du sous-sol de Clément, VE2BIA, à la seule différence que
nous, nous étions payés pour faire ce travail. Un gros 18 dollars
par semaine, assis sur des caisses de beurre de 8 heures le matin à 6
heures du soir. On avait les reins solides en ces années lointaines.
Certaines pièces pouvaient aussi se trouver
dans les junk box de nos amis et confrères amateurs. A cette époque,
du moins au Québec, il n'y avait pas de hamfest organisés comme
aujourd'hui ni de marchés aux puces sur les ondes. En dernier recours,
on faisait appel aux maisons spécialisées dans la vente par catalogue
et enfin, à Payette Radio.
Des amateurs bien?? connus ont travaillé
chez Payette. Le regretté Adrien Plamondon, VE2AN, disparu hélas
trop tôt, Roland Masse, VE2PX, que l'on peut parfois entendre sur HF,
Lloyd Guénette, VE2KQ, le coloré et volubile amateur qui est décédé
en décembre 1997 qui résidait à Cowansville et qu'on avait
parfois le plaisir d'entendre raconter son époque. Son père avait
été radio amateur sous l'indicatif de VE2YI à La Prairie.
Jacques Jourdenais, VE2BTN y a aussi travaillé durant quelques années,
juste avant leur faillite dans les années 80. Il y eu une multitude d'autres
amateurs qui ont travaillé chez Payette dont les noms malheureusement
m'ont échappés.
Quand nous avions en main toutes les pièces
nécessaires à notre projet, la construction pouvait alors débuter.
Les chassis d'acier ou d'aluminium étaient utilisés et peu dispendieux.
Les chassis d'aluminium coûtaient un peu plus cher mais ils étaient
plus facile à travailler, ce qui les rendait très populaires.
Le chassis était tout d'abord recouvert d'un papier fort, genre papier
d'emballage, de façon à marquer l'emplacement des différents
composants tels les bases de lampes, les transformateurs, commutateurs et autres
pièces. Il fallait un temps fou pour décider de l'emplacement
des pièces, trouver le meilleur endroit où les placer afin de
réaliser le montage le plus efficace et le plus beau possible tout en
tenant compte d'une certaine symétrie dans l'apparence. Il fallait aussi
que les fils qui reliaient ces pièces entre elles soient le plus courts
possible surtout dans le cas des émetteurs.
Un jour, je m'étais mis dans la tête
de construire un amplificateur linéaire sur toutes les bandes en utilis??ant
une lampe 813. C'était un projet qui avait été publié
dans la revue QST et qui semblait relativement facile. J'avais presque terminé
l'assemblage mais il me manquait un condensateur variable qui pouvait supporter
quelque 2000 volts. J'en parlais occasionnellement lors de mes contacts sur
les ondes sans plus.
Par un bel après midi d'été,
quelqu'un frappe à la porte de mon atelier de réparation de radios
rue De Fleurimont à Montréal. Le type se présente. Je suis
Phil Rainville, auditeur SWL. Après les présentations d'usages,
il se montre intéressé par ma station de radio amateur. C'était
un vieux 19 de l'armée, vous pouvez vous imaginer! Je ne me fais pas
prier pour lui fournir les explications qu'il n'arrêtait pas de me demander,
et j'en mettait plus que le client en voulait sans aller cependant jusqu'à
l'exagération. Plus je lui parlais, plus ses questions devenaient pointues
à un point tel que je commençais à me demander à
quelle sorte d'énergumène j'avais affaire. Après une bonne
demi-heure de ce manège ou j'avais voulu lui donner l'impression qu'il
avait affaire à un amateur expérimenté, il partit d'un
grand éclat de rire et, s'identifiant, il me dit qu'il était lui-même
amateur depuis fort longtemps sous l'indicatif VE2NQ. Puis, il ajouta qu'il
m'avait entendu demander sur les ondes un condensateur variable qu'il avait
comme par hasard en sa possession chez lui. Il ne demeurait pas très
loin de chez moi et partit subito presto chercher ce condensateur tant convoité.
Il revint en effet une heure plus tard avec la pièce en question qu'il
me vendit pour la somme de 10 dollars et il disparut de la même manière
qu'il était venu.
Ce bonhomme était reconnu dans ??le milieu
amateur comme un spécialiste des tours pendables et je m'étais
fait prendre à son jeux comme un gamin. J'ai appris par la suite que
je n'étais pas le seul à avoir goûté à sa
médecine. En plus, le condensateur variable dont il s'était débarrassé
avait probablement fait la guerre de 1914 car il était inutilisable.
Quand cet amplificateur linéaire fut enfin
complété, je n'eus même pas à le raccorder à
un émetteur. Il partait en oscillation tout seul. Il transmettait très
bien sur toutes les bandes, mais sur toutes les bandes en même temps.
Il fut démonté pour en récupérer les pièces.
En 1950, les circuits imprimés n'étaient
pas encore inventés. Quand le dessin de l'emplacement de toutes les composantes
était bien marqué sur le papier et transposé sur le chassis,
le perçage pouvait débuter. Les gros trous nécessaires
au montage des bases de lampes présentaient un défi de taille,
car il fallait terminer à la lime l'agrandissement de ces trous qu'on
avait commencé avec une perceuse. C'est pourquoi les amateurs qui aimaient
construire leurs appareils investissaient dans une collection de matrices ou
punches de différents diamètres fabriqués par la compagnie
Greenlee, ce qui rendait la tâche plus facile tout en faisant un travail
plus propre.
Quand toutes les pièces étaient
en place, alors commençait les soudures qui étaient faites avec
des fers à souder American Beauty de 100 watts. Les fusils à souder
de Weller n'avaient pas encore faits leur apparition sur le marché à
cette époque.
Plusieurs amateurs encore de ce monde doivent
certainement afficher dans leurs mai??ns vieillies les stigmates que ces fers
à souder y laissaient quand on les prenait distraitement par le mauvais
bout. A l'école d'électronique que j'avais fréquenté,
on faisait exprès de tourner le fer à l'envers, ce qui donnait
pour résultat d'entendre parfois de retentissants jurons.
La fierté de son équipement était
à cette époque une motivation puissante et valait l'effort supplémentaire
qu'il fallait apporter pour soigner le plus possible l'apparence de ces équipements
fabriqués à la maison. Quel amateur aurait voulu se faire traiter
de constructeur broche à foin par ses confrères qui venaient parfois
visiter sa station car la visite des stations amateurs était en ces temps
anciens un passe-temps des plus couru.
Plusieurs recherchaient dans la construction de leurs appareils une symétrie qui essayait par tous les moyens de se rapprocher de ce qui se faisait au niveau commercial. Il y avait des amateurs qui construisaient de façon vraiment professionnelle. Parmi mes souvenirs, j'ai celui de Pierre-Paul Thibault, VE2ADB, de Pierreville. Cet amateur était co-propriétaire d'une industrie qui fabriquait des camions à incendie, Pierre Thibault Limitée. Pierre-Paul mettait les ressources de son atelier de mécanique dont il était le patron au service des constructions qu'il effectuait.
Ce qui était construit dans ses ateliers
était plus beau et aussi bien fini que les appareils commerciaux les
plus dispendieux. De plus, pour ajuster ses antennes, il faisait venir chez
lui un camion à échelles de pompier qu'il fabriquait aussi à
son usine et bien confortablement assis tout en haut de l'échelle, il
ajustait ses antennes. Il va sans dire que le signal de cette station était
très agréable à entendre.??
Un autre amateur bien connu, Paul-Émile
Caron, VE2BLT, était le propriétaire (et l'est toujours d'ailleurs),
d'un chantier maritime sur la Rivière du Loup près de Louiseville.
Il était, vous vous en doutez bien, équipé de grosse machinerie.
Il s'était fabriqué une tour d'une centaine de pieds de hauteur
qui supportait une antenne directionnelle pleine longueur sur la bande de 20
mètres. C'était une installation des plus impressionnante. Mais
le plus spectaculaire de cette installation était le rotor pour faire
tourner cet assemblage. Ce rotor un peu spécial, c'était la base
d'une pelle mécanique alimentée par un moteur diesel qui faisait
tourner la tour en même temps que l'antenne. C'était quelque chose
à voir et à entendre.
Malgré tout, certains amateurs se fichaient
éperdument de l'esthétique. J'ai vu de mes yeux des transmetteurs
mobiles construits en plusieurs sections sur des planches de bois et occupant
la totalité du coffre arrière de l'auto. Belle cause de divorce
en perspective. J'en ai vu d'autres qui avaient découpé le tableau
de bord de leur auto et installé toutes sortes d'équipements n'importe
comment. Sans compter les expérimentateurs d'antennes mobiles dont l'auto
ou le camion réussissaient à ressembler plus à un porc
épic qu'à une auto. En écoutant ces propos, vous comprendrez
peut-être mieux l'aversion que certaines épouses ont développé
envers la radio amateur. Un jour, j'ai vu un amateur qui avait accaparé
la totalité du siège avant de son auto pour installer ses bébelles,
alors que l'épouse devait se contenter de voyager sur le siège
arrière.
N'allez surtout pas croire, en écoutant
ces ??souvenirs du passé, que tous les amateurs de cette époque
étaient des enfants de choeur. Loin de là! Mais les accrocs aux
lois de la radio et au code d'éthique de la radio amateur n'étaient
jamais malicieux, contrairement à ce que l'on peut constater aujourd'hui
ou certains désaxés s'acharnent malicieusement sur la communauté
amateur sans que l'on puisse en comprendre les motifs.
Durant les années 50, la communication
sous toutes ses formes, y compris la radio fascinait presque tout le monde.
D'entendre sa voix retransmise à distance par des ondes invisibles relevait
pour plusieurs de la sorcellerie. Et de pouvoir converser librement avec ses
amis, partout dans le monde à l'aide d'appareils de surplus acquis à
peu de frais devenait un loisir très recherché. Mais il y avait
toujours la fameuse licence. De là à émettre quand même,
il n'y avait qu'un tout petit pas qui était parfois vite franchi même
si c'était illégal.
Certains "vieux" se souviennent-ils par hasard
de Gérard Gaudet, VE2FD, qui avait installé un 19 sur le plancher
de la camionnette de son employeur, (Frigon réfrigération), et
qui passait le plus clair de ses temps libres à faire la chasse aux illégaux
qu'on appelait des bootleggers. Ces illégaux opéraient sur la
fréquence 2.1 mhz, tout juste en dessous de la bande de 80 mètres.
Gérard utilisait une antenne directionnelle fabriquée avec un
"hula-hop". Ses méthodes de recherche ne devaient pas être très
efficaces car il n'en a jamais attrapé un seul. Ceux qui furent ainsi
traqués par l'ami Gerry sont maintenant de vieux amateurs, que j'aurai
le respect de ne pas identifier mais si vous écoutez attentivement certains
répéteurs, certains d'entre e??ux se plaisent parfois à
évoquer ces exploits. Peu de radio amateurs de ce temps ont échappé
aux enquêtes de Gérard car celui-ci, soupçonneux de nature,
voyait des bootleggers partout.
L'interférence à la télévision
était un problème majeur dans les années 50. Il fallait
installer ses équipements dans des cabinets d'acier dont la hauteur variait
selon l'importance de la station. Pour un amateur issu de ces temps heureux,
la seule vue de ces cabinets montés les uns à côté
des autres représentait le summum de la beauté et de l'esthétique.
Je peux vous en parler en toute connaissance de cause ayant moi même vécu
ces moments lubriques de ma vie de radio amateur.
Les cabinets n'étaient jamais assez gros ni assez hauts. (Ni assez lourds évidemment). Plus il y avait de cadrans, plus on trouvait ça beau. Tous les paramètres possibles étaient placés sous surveillance. Courant de plaque, courant de grille, voltage de plaque, courant de plaque du modulateur et le l'étage final et j'en passe. Même le voltage de ligne était sous étroite surveillance au cas ou l'Hydro-Québec n'aurait pas été à la hauteur de la situation.
Une expérience qu'on aimait bien faire
surtout si on possédait un mobile, c'était d'allumer un tube fluorescent
en l'approchant de l'antenne alors que l'émetteur était en fonctionnement.
Le soir surtout, le résultat était des plus spectaculaires. Si
on voulait attirer une foule de curieux, on n'avait qu'à pratiquer ce
tour de passe-passe et les gens croyaient vraiment qu'on était des magiciens.
C'était une excellente façon d'attirer l'attention et de provoquer
des attroupements. Essayez ce truc avec vos antennes de de??ux mètres.
Ca fonctionne!
Une légende souvent entendue veut qu'un
soir, ou plutôt une nuit, Georges Magnan, VE2AMG de regrettée mémoire,
était allé vérifier ses antennes sur le toît de sa
maison à Verdun. Il transportait avec lui un tube fluorescent qu'il avait
planté dans son pyjama pour mieux escalader sa tour. Il semblerait que
tout à coup, le tube se serait illuminé et Georges serait devenu
presque transparent à la grande stupéfaction des badauds qui regardaient
cet énergumène illuminé, le mot est juste, grimpé
dans une tour à des heures ou le monde honnête est habituellement
dans les bras de Morphée.
La construction de kits était devenu très
populaire au début des années 60. Un des gros fournisseur de ces
kits était la compagnie Heathkit. Il y avait aussi la compagnie Eico
et les fameux transceiver Viking 2 de Johnson se vendaient aussi en pièces
détachées. Quand vous achetiez un kit, tout arrivait en pièces
détachées. Des montagnes de pièces. Les trous étaient
percés aux bons endroits sur les chassis et les instructions de montage
étaient des plus détaillées avec diagrammes, photos et
instructions pas à pas. Ces kits réglaient le problème
d'acquisition des pièces et le produit fini se comparait avantageusement
aux équipements commerciaux, selon évidemment l'habileté
de celui qui l'avait construit et de sa dextérité à manier
un fer à souder.
La valeur de revente de ces kits était
à l'avenant. Ces kits sont devenus aujourd'hui des objets de collection
recherchés.
Certains amateurs des années 50 étaient
de vrais mordus d'équipement de surplus.?? La guerre avait pris fin
une dizaine d'années plus tôt et l'équipement de surplus
était abondant et varié. Qui ne se souvient pas des fameux 19,
mark one, two and three. Pour une quarantaine de dollars on obtenait en plus
du transceiver, un set de lampes de rechange, des antennes et un mât téléscopique
de 40 pieds, un amplificateur de puissance utilisant une 813 en final , les
blocs d'alimentation de 24 et 110 volts et toute une panoplie de pièces
de toutes sortes. Ces transceivers avaient été construits par
Marconi du Canada, RCA Victor, Northern Electric. Ils étaient entièrement
compatibles les uns avec les autres. Il y en avait même dont les indications
étaient écrites en russe car la Russie était l'alliée
des pays qui étaient en guerre contre l'Allemagne. Cet équipement
couvrait les fréquences de 2 à 8 mhz et un petit segment dans
la bande de 235 mhz qui délivrait quelques milliwatts était réservé
pour les communications à très courtes distance. Entre 2 et 8
mhz, la puisance était de 40 watts en télégraphie et de
5 watts en phonie. Cet attirail au complet devait bien peser dans les environs
de 500 livres.
Beaucoup de radio amateurs de cette époque
ont débuté leur carrière avec ces radios qui étaient
indestructibles. Ils avaient été construits pour être parachuté
d'un avion et ils avaient été traité pour séjourner
au fond de la mer, donc à l'abri de l'humidité la plus écrasante.
Le récepteur de la section 235 mhz de
cet appareil était du type super régénératif. Lorsqu'il
était en réception il émettait aussi fort que lorsqu'il
était en transmission. Mais durant la guerre, qu??i se souciait de ce
détail?
Sur le marché du surplus de guerre on
pouvait aussi se procurer des récepteurs et des transmetteurs fabriqués
par la compagnie Bendiz aviation. Les TA-12. En plus d'être d'excellents
transmetteurs et récepteurs, on obtenait en prime un radio-compas qui
pouvait syntoniser la bande commerciale AM, de 600 kcs à 1.7 mhz, c'est
à dire la bande de broadcast. Tous ces équipements étaient
relativement faciles à convertir et la qualité de leurs signaux
était excellente.
Un autre équipement de surplus, fabriqué
celui-là en Angleterre, portait le numéro 1155 et son compagnon
transmetteur, le 1154. Bizarrement construits mais très fonctionnels,
l'émetteur affichait de gros boutons de syntonisation multicolore, chaque
couleur représentant une bande de fréquences différente.
Malheur aux militaires qui étaient daltoniens. En plus des équipements
cités plus haut, il en existait une multitude d'autres qu'il serait beaucoup
trop long et fastidieux d'énumérer ici.
La modulation d'amplitude en ces années
50 était la norme. Le SSB ou bande latérale unique pointait sa
technique à l'horizon mais n'était pas encore devenu le mode de
modulation à la mode. Jusque là, la meilleure façon de
moduler en amplitude une onde porteuse était la modulation de plaque
avec un modulateur de classe B. Pour ceux qui ont grandi avec les transistors,
ce terme ne veut peut-être pas dire grand chose, mais aux oreilles des
vieux amateurs, c'est tout un monde de souvenirs qui refait surface à
la seule mention de ces termes.
D'autres modes de modulation étaient aussi
utilisés mais bien qu'ils ne soient pas aussi efficaces, ils avaient
la qualité d'être beaucoup?? moins coûteux comme par exemple
le NBFM, ou fréquence modulée à bande passante étroite
(3 kcs) ou encore la modulation de grille qui ne nécessitait pas un ampli
audio très puissant.
Juste un exemple pour vous donner une idée
des puissances qu'il fallait utiliser. Un modulateur typique de classe B servant
à moduler un émetteur de 100 watts devait délivrer une
puissance de 50 watts. Quand vous écoutiez une telle modulation sur un
récepteur de qualité, vous aviez l'impression d'écouter
CBF. On disait alors de ces signaux qu'ils étaient du vrai broadcast.
Ces émissions avaient aussi l'avantage de pouvoir être captées
par des récepteurs très peux dispendieux.
Le grand désavantage, sinon le grand défaut
de ce genre de modulation c'était la place énorme qu'un tel signal
occupait sur la bande. En effet, comme la modulation d'amplitude générait
sur l'onde porteuse deux bandes latérales de même amplitude de
chaque côté de la fréquence centrale, chaque amateur occupait
deux fois plus d'espace pour transmettre la même information. Mais quelle
belle qualité de son quand même, comparée aux voix de canards
que la modulation SSB nous fait entendre maintenant.
La plupart des nouveaux amateurs à cette
époque, tout comme aujourd'hui d'ailleurs, avaient une hâte bien
compréhensible d'effectuer des transmissions en téléphonie
sur les bandes HF et cette hâte devenait une puissante motivation pour
passer les tests de la licence supérieure. Mais, opérer en phonie
sur HF demandait tout de même un minimum de puissance. C'est à
ce moment que la compagnie Heathkit mit sur la marché son célèbre
émetteur DX-100 d'une puissance de?? 100 watts sur toutes les bandes
avec VFO incorporé ainsi qu'un modulateur de classe B intégré.
Et, fait non à dédaigner, le compte en banque ne risquait pas
de tomber dans le rouge après en avoir fait l'acquisition. Le prix de
cet appareil aux États Unis était de 180.00$. Le DX-100 est aujourd'hui
un objet de collection. Ce kit fut le rêve de toute une génération
de radio amateurs de cette époque.
Si les noms de Cheyenne, Mohawk, Comanche ne
vous disent rien, ne chercher pas en direction d'Oka ou de Kahnawake, ça
n'a rien à voir. C'était les noms que Heathkit avait donné
à toute une gamme de ses radios. Ces kits étaient très
beau à voir et intéressants à opérer. Énumérer
ici tout ce que cette compagnie pouvait fournir aux radio amateurs serait beaucoup
trop long et dépasserait le but de cette causerie. Nous allons donc nous
arrêter ici, de toute façon, cette compagnie n'existe plus aujourd'hui.
Les conversation entendues sur les bandes HF
dans les années 50 reflétaient la culture amateur de cette époque.
Bien qu'il y ait eu parfois des amateurs un peu plus colorés que d'autres
qui traitaient de sujets qui sortaient de l'ordinaire, la majorité des
conversations étaient polies et réservées. Les conflits
et les dissensions quand il en existaient étaient réglés
hors des ondes. Les sujets tels la politique, la religion ou autres sujets disons...sensibles
étaient rarement abordés. Les conversations amateurs avaient trait
au travail, à l'équipement de la station, la température
et autres sujets plus ou moins neutres. Comme beaucoup de radio amateurs construisaient
leur propre équipement, les sujets d'ordre technique ne manquaient pas
et étaient plus?? souvent qu'autrement à l'ordre du jour.
Les amateurs étaient conscients que beaucoup
de personnes non amateurs pouvaient capter leurs émissions sur des récepteurs
domestiques, raison de plus pour s'abstenir de tous propos qui auraient pu ternir
un tant soit leur réputation. L'écoute des amateurs sur des appareils
domestiques a encouragé plus d'un de ces auditeurs à joindre nos
rangs, tout comme aujourd'hui, l'écoute des répéteurs à
l'aide de balayeurs d'ondes qui a fait connaître la radio amateurs à
une foule de gens.
Il y avait cependant des exceptions, car je ne
suis pas en train de vous dire que tous les amateurs de cette époque
étaient des anges. Un certain dimanche matin, un amateur qui avait la
réputation de lever le coude parfois un peu trop haut avait mis en marche
son émetteur d'une puissance de 1000 watts qu'il avait lui-même
construit. Il avait cependant oublié d'allumer son cerveau, disparu dans
les brumes éthyliques et notre homme qui, ce matin là, avait essayé
d'imiter Yvon Deschamps s'était mis à monologuer sur la bande
de 80 mètres.
En plus de son habitude à lever le coude,
il avait aussi la manie de se faire accompagner dans ses cuites par les saints
du ciel les plus connus. Mal lui en prit ce jour là. On était
à l'heure de la grand'messe à l'église d'en face et le
signal de son kilowatts modulé en amplitude avait eu la malencontreuse
idée de se faufiler jusque dans l'amplificateur du système de
son de l'église. Quelle ne fut pas la surprise du curé quand il
entendit son sermon sortir des haut-parleurs accompagnés d'un monologuiste
qui utilisait à profusion les noms des mêmes personnages que lui
même n'avait pas encore inv??oqués.
Je ne nommerai pas l'amateur en question, il
est aujourd'hui parti à la rencontre de tous ces saints personnages qui
accompagnaient ses cuites, mais je vous dirai, pour aider à la véracité
de mon récit, que l'église en question était l'église
Saint-Pierre Claver située sur le Blvd St-Joseph coin De Lorimier.
Il y eu aussi quelques autres cas ou l'éthique
amateur en a pris pour son rhume. Ceux qui ont vécu ces aventures font
maintenant partie de ce folklore amateur qu'on se plaît maintenant à
évoquer et que parfois on ose appeler le bon vieux temps. La bouteille
et le microphone, à cette époque tout comme aujourd'hui, n'ont
jamais fait bon ménage. Heureusement que ces exceptions étaient
plutôt rares, quand même.
Comme le dit le proverbe: l'esprit que l'on veut
avoir fait souvent perdre celui que l'on a, mais quand cet esprit est en plus
obscurci par les vapeurs de l'alcool, le résultat n'est jamais très
intéressant. Ceci est valable pour toutes les époques.
Les opérations radio amateur des années
50 n'était pas toutes orientées vers la téléphonie
sur les bandes HF. Le code morse était un moyen de communication répandu
et à la mode et était pratiqué intensivement sur toutes
les fréquences. Il y avait les fanatiques du code morse comme maintenant
les fanatiques d'autres moyens de communication, tels le deux mètres,
ou le packet.
Les fréquences au dessus de 50 mhz étaient considérées comme un territoire exotique et l'activité y était restreinte. Seuls, quelques expérimentateurs chevronnés s'y risquaient. La compagnie Hallicrafter avait même mis sur le marché de??s récepteurs, le SX-71 et le SX-42, qui pouvaient recevoir, en plus des gammes de fréquences habituelles, la bande de 6 mètre et la bande FM, entre 88 et 108 mhz qui commençait à devenir de plus en plus populaire à ce moment. Ces deux récepteurs ont fait rêver plus d'un amateur de ce temps mais ils coûtaient si cher pour l'époque que peu d'amateurs pouvaient se les procurer.
Il y avait aussi les mordus du RTTY. Le radio-télétype.
Les appareils RTTY étaient des mastodontes pesants et bruyants. Les vitesses
de fonctionnement variaient de 60 à 100 mots à la minute. Ces
mécaniques impressionnantes pouvaient être obtenues pour une bouchée
de pain de Bell Canada ou de CN-CP communication. Les adeptes de ce mode se
souviennent avec nostalgie des modèles 14, 19 ou 28 construits par les
compagnies Siemen ou Western Electric. Quand un amateur pouvait mettre la main
sur un modèle 28, il possédait alors ce qui se faisait de mieux
en fait d'équipement de télétype. Ces appareils faisaient
un tapage d'enfer. Il fallait les enfermer dans une boîte insonorisée
si on ne voulait pas faire face à une demande en divorce ou à
des coups de balais dans le plafond ou le plancher selon que vous résidiez
au premier ou au deuxième étage. Ces appareils étaient
de plus très lourds et plutôt encombrants. Mais pour les passionnés
de mécanique, ces machines étaient une pure merveille à
regarder fonctionner. L'arrivée des ordinateurs et du packet les a fait
disparaître, car on pouvait désormais grâce aux TNC, transmettre
et reçevoir en RTTY sans aucun bruit.
Ces machines étaient munies bien entendu
d'un clavier mais pouvaient aussi fonctionner à l'aide d'un ruban perforé.
Certains amateurs av??aient mis sur ces rubans de magnifiques images qui étaient
reproduites à l'aide de X et de Z sur une feuille de papier. Lors de
son édition de décembre 1976, le Journal de l'UMS affichait en
page frontispice le dessin d'une petite bonne femme portant une chandelle en
face d'un sapin de Noël. Cette image avait été reçue
d'un amateur américain sur HF par Jean Larose, VE2DVC, et avait été
retransmise sur la bande de deux mètres.
Je ne serais pas censé vous raconter ce
qui va suivre mais je ne peux résister à la tentation. Une des
caractéristiques de ces télétypes, entre autre, était
que l'on pouvait les laisser en attente sur une fréquence donnée
quand nous étions absents de la maison. Un jour, notre ami Gerry, VE2AW
avait laissé son modèle 28 en attente de messages possibles en
son absence. Il avait confié la chose à quelques amis qu'il croyait
sûrs. A son retour, Gerry avait eu la surprise de sa vie. Tout le rouleau
de beau et dispendieux papier de télétype avait été
utilisé à recevoir des hiéroglyphes et autres chinoiseries
du genre au grand désespoir de Pauline, son épouse, qui regardait
impuissante, sortir de la machine ce ruban de papier qui semblait sans fin.
Plutôt que les messages escomptés, vous auriez du voir la montagne
de papier qui attendait l'ami Gerry à son retour du bureau. Tout le rouleau
de papier avait été déroulé par terre, grâce
à ses amis qui avaient télécommandés l'opération.
La popularité des opérations mobiles
VHF était également surprenante considérant que les équipements
de cette époque n'avaient pas encore atteints les dimensions?? miniatures
que l'on retrouve maintenant. Par contre, les automobiles étaient plus
spacieuses et les mobiles de ce temps pouvaient y trouver leur place, quitte
à sacrifier un peu l'espace réservé aux jambes de l'épouse
ou de la petite amie.
Un des principaux problèmes relié
aux mobiles des années 50 était leur énorme consommation
de puissance. Surtout que les autos de 1950 utilisaient encore des accumulateurs
de 6 volts. Ces petites bouteilles à feu qu'on appelait des lampes consommaient
beaucoup d'énergie, en comparaison des transistors d'aujourd'hui. Il
fallait un voltage pour alimenter leurs filaments qu'on appelait le voltage
A et un autre voltage pour la plaque et autres éléments internes
tel la grille écran alimentés par un voltage qu'on appelait B+
et qui était de l'ordre de 100 à 500 volts, et parfois, un troisième
voltage, C, généralement négatif pour le "bias", qui servait
à polariser la grille de contrôle.
Une des sources de pouvoir utilisée pour
le B+ était le dynamotor, un petit moteur qui entraînait un générateur
de voltage monté sur le même axe et qui fournissait le haut voltage
ou B+ nécessaire aux lampes. Ces dynamotors étaient populaires
parce qu'ils étaient disponibles sur le marché de surplus à
des prix raisonnables et qu'ils pouvaient fournir à peu près tous
les voltages possibles. Par contre, ils faisaient un bruit d'enfer et imposaient
à l'accumulateur de l'auto une surcharge dont il n'était pas toujours
capable. Un dynamotor demandait à la batterie de l'auto un courant de
quelques centaines d'ampères à l'instant du démarrage,
courant qui se stabilisait ensuite autour de 30 à 40 ampères selon
la puissance de l'émet??teur. Les câbles qui devaient alimenter
ces goinfres d'énergie devaient être au minimum de calibre 4 ou
6 selon leur longueur.
Vers cette époque, la compagnie Leece-Neville
avait développé un système pour remplacer les générateurs
dans les taxis et les autos de police. C'était un alternateur qui donnait
sa pleine mesure de 60 ampères à très basse révolutions
du moteur. Le bloc rectificateur en sélénium était indépendant
de l'alternateur, contrairement aux alternateurs d'aujourd'hui dont les rectificateurs
sont partie intégrante de l'alternateur lui même. Les amateurs
qui avaient la chance de se procurer un tel alternateur se comptaient bien chanceux.
Mais, quels travaux d'adaptation mécanique devaient-ils effectuer sur
leur auto avant de voir le premier volt sortir de ces mini centrales électriques.
Les dynamotors sont disparus vers la fin des
années 60 à l'exception de ceux qui fonctionnaient dans les mobiles
VHF de surplus qui continuèrent à les utiliser jusqu'à
l'arrivée des transistors et l'apparition des premiers transceivers japonais
au début des années 70.
Le premier mobile japonais dont j'ai eu connaissance
fut le Yaesu FT-2F. C'était un appareil de 10 watts à 12 canaux.
Une pure merveille! Il se vendait aux environs de 200.00$ mais quand on avait
rempli les 12 canaux de cristaux (24 cristaux à 4 dollars chacun), le
prix total dépassait vite les trois cents dollars. Par la suite, d'autres
compagnies emboîtèrent le pas et on vit lentement disparaître
les vieux mobiles à lampes à une seule fréquence qui cédèrent
doucement leur place à des équipements beaucoup plus petits comportant
beaucoup plus de fréquences et surtout beaucoup moi??ns énergivores.
Plusieurs de ces compagnies sont maintenant disparues ou ont été
fusionnées à d'autres.
Les années 70-80 virent peu à peu
disparaître les kits. Les amateurs se tournaient de plus en plus vers
les appareils commerciaux. La modulation à bande latérale unique
(SSB) qui s'était implantée vers la fin des années 50 avait
finalement remplacé de façon définitive la modulation d'amplitude
bien qu'on pouvait parfois en entendre encore sur certaines bandes. Ici au Québec,
il y avait un noyau d'irréductibles adeptes de ce mode de modulation
dont, entre autre, Victor Morin, VE2AIS, qui s'était fait l'ardent défenseur
du AM. Ces amateurs ne voulaient rien savoir du SSB et donnaient comme raison
que ce mode occupait beaucoup trop d'espace sur les bandes causant par le fait
même des interférences épouvantables. Il faut ajouter ici
à la défense de ce mode de modulation que les récepteurs
de l'époque n'avaient pas été conçus en fonction
d'une bande passante aussi étroite, d'où cette perception que
le SSB prenait trop de place.
C'est aussi vers la fin des années 70
ou au début des années 80 qu'un des nôtres, Normand Bourgoin,
VE2BNR, aujourd'hui décédé découvrit en lui des
talents cachés d'écrivain et de vulgarisateur doublé d'un
excellent technicien. Il publia chez Beauchemin un livre destiné aux
radio amateurs. Ce livre par ailleurs très bien fait et très bien
documenté s'intitulait justement "Électronique d'amateur" et fut
vendu à plusieurs centaines d'exemplaires. Cette publication était
la suite logique de l'implication de Normand dans la fondation d'un club de
radio amateurs à Longueuil et des cours qu'il y?? avait dispensés
durant de nombreuses années. Ce fait est peut-être méconnu
mais Normand fut responsable à cette époque de la venue d'une
multitude de nouveaux amateurs sur la rive sud de Montréal.
Jusque là, les émetteurs et les
récepteurs étaient des appareils séparés, mais lentement
les transceivers firent leur apparition. La cadillac des radios des années
50 était bien entendu le Collins. Un amateur qui possédait un
Collins était considéré comme un amateur en moyens car
son prix dépassait les milliers de dollars. Les plus vieux se souviendront
sans doute des KWM-1, KWM-2, la série des récepteurs 51-J-1-2-3
et 4, qu'on pouvait se procurer sur les surplus de l'armée sous les numéros
R-388, R-390. Ces appareils supportaient facilement la renommé attachée
à leur nom. De plus, une des caractéristiques importante des équipements
que cette compagnie construisait était leur stabilité de fréquence.
Une fois syntonisés sur une fréquence, rien ne les faisait bouger.
C'était des équipements de très grande qualité qui
sont encore aujourd'hui très recherchés par les collectionneurs.
Il y avait aussi la compagnie Drake qui construisait
des émetteurs-récepteurs de qualité. Qui parmi les anciens
ne se souvient des T4X et de son pendant le R4X qui étaient des pièces
d'équipement séparées ainsi que le TR-4 A,B ou C qui étaient
eux des transceivers. Ces équipements avaient marqués pour un
temps le mariage des lampes et des transistors. Mariage pas trop heureux par
ailleurs et qui ne fit pas long feu. Bien que ces appareils ne présentaient
pas une apparence aussi réussie que Collins, leur fonctionnement é??;tait
irréprochable. Ils furent très populaires. A cette même
époque, il y eu aussi les compagnies Hallicrafter, Swan, National et
beaucoup d'autres qu'il serait trop long d'énumérer dans cet article.
Tous avaient leurs qualités et leurs défauts.
Les appareils transistorisés avaient timidement
commencé à faire leur apparition sur les fréquences avec
l'arrivée sur la bande de deux mètres du Yaesu FT-2-F dont on
a un peu parlé tout à l'heure et du Regency à 6 canaux,
10 watts faisant passer dans nos souvenirs les gros et encombrants mobiles à
lampes à une seule fréquence. Ce fut le déclin des lampes,
ces bouteilles à feu qui ne furent plus utilisées que pour les
amplificateurs de puissance et qui prirent tout doucement mais inexorablement
le chemin des armoires des collectionneurs.
Jusque là, la bande de deux mètre
avait été plutôt utilisée par des expérimentateurs
timides qui s'amusaient à battre des records de distance avec des appareils
à très basse puissance comme le Twoer de Heathkit, sorte de compromis
entre la boîte à lunch et le radio. Avec une puissance de quelques
watts et un récepteur super-régénératif, ces petits
transceivers firent la joie de plus d'un amateur. Bien que ne l'ayant pas moi
même expérimenté, on m'a dit que des contacts avaient été
possibles entre Trois-Rivières et Montréal avec ces boites minuscules,
entre autre par Ernest Bergeron, VE2ATE, de regrettée mémoire
et Gaston Hébert,VE2AI. Je dois ajouter que beaucoup d'efforts et d'énergie
étaient mises sur les antennes directionnelles.
Qui aurait pu prédire à ce moment
que 20 ans plus tard, avec l'avène??ment des répéteurs,
la bande de deux mètres deviendrait la bande la plus populaire de la
radio amateur et la modulation de fréquence, le mode le plus utilisé.
Ce phénomène unique dans les annales de la radio pourrait s'expliquer
de différentes manières. La bande de deux mètres étant
par la force des choses une bande à couverture plutôt locale, il
devenait facile d'y retrouver ses amis. Les opérations se faisant sur
des canaux fixes, on se retrouvait plus facilement sans avoir à jouer
du VFO. En plus, cette bande n'étant pas sujette aux caprices de la propagation,
les conditions étaient toujours à leurs maximum. Les répéteurs
devinrent des parapluies sous lesquels on aimait se regrouper. C'était
des lieux de rencontre où régnaient la bonne humeur, l'entente
et l'humour. La tolérance aussi était de mise.
Ceux qui ont assisté à la naissance
de VE2XW, maintenant VE2RXW il y a plus de 30 ans en savent quelque chose. Peut-être
que quelques uns parmi les plus vieux se souviennent-ils de cette compagnie
fictive qu'on avait baptisé Rabin and son, fondée par le regretté
Jean Lord, VE2PL et son inséparable faire valoir Jean Larose, VE2DVC
et dont le seul et unique outils de travail était une paire de pinces
coupantes. Ce qu'ils en ont joué des tours, ces deux compères.
Fait à souligner, les interférences
malicieuses étaient inexistantes. Tout le monde se connaissait et se
respectait et les signaux de chacun étaient facilement reconnaissables.
Cette époque de la radio amateur fut vraisemblablement l'époque
de la fraternité, de l'amitié et de l'entraide. Ce fut un beau
moment de la radio chez nous. Les vieux amateurs qui avaient vu l'arrivée
des répéteurs ?? avec une certaine crainte ont quand même
mis beaucoup de temps à s'y aventurer. Mais peu à peu, ils se
laissèrent séduire par ce mode de communication si efficace surtout
pour les communications locales et bientôt, ils se joignirent aux autres.
Le début des répéteurs avait
coïncidé avec l'arrivée sur le marché amateur de ces
équipements VHF à lampes qui avaient été fabriqués
par des compagnies comme Marconi, Rogers Majestic qui venait d"être achetée
par Motorola, RCA Victor, Systcom, General Electric et plusieurs autres. Ces
appareils pouvaient couvrir les fréquences de 138 à 172 Mhz en
FM. Il suffisait la plupart du temps de remplacer les cristaux et de les re-syntoniser.
On pouvait se procurer ces appareils à
des prix dérisoires, qui pouvaient varier entre 10 dollars et jusqu'à
50 dollars. Les cristaux coûtaient 4 dollars chacun. Mis à part
leur poids et leur besoin vorace en énergie électrique, le principal
défaut de ces mobiles était qu'ils ne fonctionnaient que sur une
seule fréquence. Leur puissance était habituellement de 25 watts.
Ces radios étaient devenus désuets à cause d'une ordonnance
des autorités gouvernementales qui avaient décrété
que la largeur de bande qui était jusque là de 30 kilocycles devait
passer à 15 kilocycles avec une modulation maximum de 5 kilocycles. Cette
norme est devenue la règle, suivie encore aujourd'hui aussi bien par
les services commerciaux que par les services amateurs.
Ces équipements faisaient aussi de très
bons répéteurs. J'ai déjà raconté, dans un
autre texte, l'historique de ce répéteur et comment il fallait
s'y prendre pour construire un?? répéteur avec ces vieux mobiles.
Pour ceux qui n'ont pas entendu cette historique, j'y reviendrai une autre fois.
La standardisation des fréquences VHF
et UHF devint une nécessité au début des années
70. L'ARRL avait mis au point son fameux plan de fréquences (band-plan),
qui fut adopté presque sans changement par les amateurs canadiens. Notre
association provinciale RAQI prit en charge la coordination des fréquences
et la majorité des amateurs s'y conformèrent de bonne grâce.
Certaines têtes fortes, cependant, résistaient et ne voulaient
rien entendre. Dans la seule région de Québec, un seul amateur
s'était approprié une quinzaine de fréquences pour des
répéteurs futurs qui ne furent jamais mis en onde. D'autres avaient
mis en service des répéteurs dont la séparation entre l'entrée
et la sortie n'étaient pas conforme au plan alors que d'autres opéraient
avec des puissances démesurées dans l'ordre de 700 ou 800 watts.
Et c'est ainsi que l'égoïsme de quelques uns nous a conduit à
la pénurie de fréquences que l'on connaît maintenant.
Le travail de coordonnateur de fréquence
est un travail ingrat et l'on doit ici remercier Bruno, VE2VK, le coordonnateur
actuel de RAQI ainsi que les autres qui sont passés avant lui. Considérant
que les amateurs adhèrent au plan de fréquences sur une base volontaire
et que d'aucuns se plaisent à contester leurs petits privilèges
sans se préoccuper des conséquences et du tort qu'ils causent
à la collectivité amateur, il va sans dire que ce n'est pas un
travail de tout repos.
Les années 50 ont vu la fondation de notre
association provinciale RAQI tandis que l'année 1961 avait vu la f??in
des opérations du club de radio de langue française de Montréal,
qui fut remplacé, en mai 1974, par l'UMS, l'Union métropolitaine
des sans-filistes de Montréal. Le club disparu se nommait pompeusement
"Le Cercle des amateurs canadiens-français de TSF et vidéo". Ce
club avait été fondé en 1935. Je vous parlerai plus loin
de RAQI et de l'UMS.
Selon une liste du département de la marine,
division de la radio, le 31 mars 1935, il y avait au Québec 219 amateurs
de radio. Plusieurs de ces amateurs sont encore parmi nous et on peut les entendre
à l'occasion. Ce sont VE2DL, René Frenette, VE2DW, Aurèle
Taillon, probablement au moment ou l'on se parle le doyen des amateurs au Québec
avec ses 92 ans, VE2FA, Charles Frenette, qui fut le premier superviseur technique
de la télévision de Radio Canada et qui fut mon patron. Depuis
que cet article a été écrit, deux amateurs de cette époque
nous ont quittés pour un monde meilleur. Ce sont l'abbé Charles
Robert, VE2EC, de Trois-Rivières, décédé il y a
quelques mois à l'âge de 93 ans et Jean-Louis Huard, VE2IG, décédé
en mai 98 à l'âge de 87 ans. Jean-Louis était un ancien
directeur technique à la télévision de Radio Canada et
il avait animé durant plus de 20 ans une chronique sur les ondes courtes
du service international de Radio Canada intitulée "Allo-DX". Il fut
remplacé à cette émission par un autre amateur, Yvan Paquette,
VE2ID, que vous pouvez voir de temps à autres à la télévision
à titre de porte-parole du ministère des transports du Québec.
Cette liste de radio amateurs, vous vous en doutez
bien, est très incomplète. Il faudrait aussi mention??ner Pierre
Bélisle, VE2VO, amateur depuis 1946 et qui est toujours actif aussi bien
en HF qu'en VHF. Il y eu aussi le docteur Paul Rivard, VE2BW, aujourd'hui décédé
qui fut une légende en son temps, pratiquant une médecine de brousse
dans un village isolé du Québec, Clova, en Abitibi, accessible
à cette époque seulement par le chemin de fer. J'ai eu la chance
de voir des photos de ses installations, entièrement construites de ses
mains et qui étaient alimentées par une vieille génératrice.
Il plaçait à Montréal un signal impressionnant sur la bande
de 80 mètres.
L'un des personnages des plus dévoué
à la cause de la radio amateur dans la région de Montréal
et au Québec fut Albert Daemen, VE2IJ. Il a été le penseur
et l'organisateur de plusieurs événements d'envergure impliquant
notre hobby. En plus d'un congrès mondial de radio amateurs à
Montréal qui impliquait aussi l'ARRL, Albert avait été
le fondateur, en 1973, de RASO, Radio Amateurs au Service des Olympiques. Un
des sous-comités de RASO avait eu la responsabilité des communications
pour le transport de la flamme olympique entre Ottawa et Montréal. Cette
tâche avait été confiée à Lloyd Guénette,
VE2KQ. C'était lui aussi un amateur de la première époque.
VE2IJ est amateur depuis 1931, donc depuis 67
ans. Albert fut aussi le "QSL manager" de l'ARRL pour la région du Québec
pendant 23 ans et durant toutes ces années il a acheminé aux VE2
plus de 4 millions de cartes QSL. Faut le faire. Malgré ses 83 ans, Albert
Daemen est toujours très actif sur HF où on peut l'entendre régulièrement.
On peut aussi le rencontrer en personne aux h??amfests et assemblées
des différents clubs de la région métropolitaine.
La plupart des amateurs que je viens de nommer
étaient tous là en 1935 et sont encore aujourd'hui, par leur implication
continue, des actifs importants pour notre groupe. Un amateur dont on a malheureusement
perdu la trace fut Corey Thompson, VE2IR, celui-là même qui abritait
le récepteur du répéteur VE2MT, et qui fut avec Jack Tietleman
le co-fondateur de la station de radio CKVL. Un autre amateur renommé
fut Maurice Rousseau, VE2FO, ingénieur en radio et spécialiste
des installations et de l'entretien de nombreuses stations de radio commerciale
AM et FM à travers le Québec. Il avait été à
l'emploi de Radio Canada et de CKVL avant de devenir consultant à son
compte. Je viens tout juste d'apprendre qu'il est décédé
récemment.
On pourra juger de la progression de la radio
amateur en comparant les listes de 1922 avec celles de 1935. En 1922, il y avait
au Québec exactement 62 station de radio expérimentales amateurs.
Le préfixe VE ne figurait pas encore sur les listes. Seul, le chiffre
2 suivi de deux lettres identifiait l'amateur. En 1911 et 1912, il y avait trois
amateurs. Leur indicatif était XAC, XAM et XAP. En 1913-1914, il y en
avait 16, soit treize de plus que l'année précédente.
Je dois remercier ici un bon ami, amateur depuis
très longtemps, Aurèle Taillon, VE2DW, pour m'avoir fourni ces
renseignements il y a quelques années quand il avait appris que je m'intéressais
à l'histoire de la radio amateur. Ce sont des documents précieux
que j'ai pu consulter pour rédiger ce texte. Je vais vous parler un peu
de cet étonnant bonhomme qu'est Aurèle. Il est amateur depuis
1927 et maintenant âg&e??acute; de 92 ans, il bricole toujours ses appareils
et expérimente sans cesse toutes sortes de circuits. Son plus grand plaisir
est de réussir de nombreux contacts avec les appareils qu'il construit
lui-même tout en utilisant la plus basse puissance possible, et laissez-moi
vous dire qu'il y réussit très bien. Aurèle fut aussi un
pionnier de la modulation FM sur HF. Mais ne parlez pas à Aurèle
de transistors, de circuits imprimés ou intégrés. Son univers
est demeuré l'univers des lampes et des cristaux.
Si le hasard vous met en contact avec cet amateur
pas ordinaire, demandez lui comment il se porte. Invariablement, sa réponse
sera: "je me sens comme un jeune homme. J'ai encore des projets pour les 20
prochaines années".
Parlons maintenant du premier club de radio amateur
de langue française à Montréal. Le club de radio qui avait
précédé l'UMS était né dans une modeste chambre
de la rue Berri à Montréal. Son indicatif était VE2DN.
Son nom: Le Cercle des Amateurs Canadiens Français de TSF et Vidéo.
Ses fondateurs étaient un groupe d'amis radio amateurs qui avaient sentis
le besoin de se regrouper autour d'une association officielle. Parmi eux, il
y avait L.D. Gadoury, VE2HG, Paul Girard, VE2IP, pas celui que vous entendez
maintenant mais celui qui l'avait précédé, Ronald Laviolette,
VE2FS, qui aimait s'identifier en phonétique pas très conventionnelle
et pas très internationale de Funéraille, Sépulture, Jean
Fortier, VE2AV, qui fut très actif sur ce répéteur à
ses débuts, Georges Forest, VE2EU, Emile Desroches, VE2HU. Il y eu aussi
VE2BH et VE2JY dont je n'ai pu retracer les noms. Ces deux derniers devaient
être de nouveaux amateurs car ils ne figuraient pas encore sur l??es
listes de 1935 du département de la marine.
Le premier président de ce nouveau club
avait été VE2HG et les premières réunions avaient
été tenues à la Palestre nationale qui était une
sorte de club sportif un peu comme les Nautilus d'aujourd'hui, et qui était
situé rue Cherrier entre St-Hubert et Amherst. Les réunions se
tenaient chaque semaine et chaque fois les participants devaient payer la somme
de 10 sous. Le club publiait chaque mois un petit bulletin qui se nommait: La
revue 73 et qui était imprimée par le notaire Laviolette, VE2FS.
En 1939, lors de la déclaration de la
guerre, le club VE2DN dut tenir ses assemblées chez ses fondateurs à
tour de rôle, VE2HG, VE2FS et VE2EU. Pour le bénéfice des
plus jeunes qui sont nés après 1940, les amateurs durent cesser
leurs opérations durant toute la durée de cette guerre. Cette
interruption forcée a dû pour un certain temps modérer bien
des enthousiasmes pour ce hobby intéressant. Durant la période
1939-1945, un amateur surpris en train de transmettre aurait vu ses équipements
confisqués par le gouvernement et celui-ci se serait probablement retrouvé
dans un camp de concentration en compagnie du maire de Montréal, Camilien
Houde et de quelques autres compatriotes.
Après la guerre, les opérations
reprirent et le club revint à la Palestre nationale, mais le prix d'entrée
avait été augmenté de 100% et était rendu à
20 sous par assemblée. Par contre, ces assemblées étaient
devenues mensuelles mais la Palestre nationale, qui était contrôlée
par les politiciens de l'époque avait vu le parti au pouvoir perdre ses
élections, et les amateurs, en perdant l??eurs contacts politiques perdirent
aussi leur local et durent plier bagage. Comme on peut constater, plus ça
change, plus c'est pareil, comme aurait dit le grand Lafontaine.
Les directeurs du club convoquèrent alors
une assemblée au 2275 Laurier est et il fut décidé de déménager
le club à l'Ecole centrale des Arts et Métiers au 1265 St-Denis.
Cet emplacement avait été le siège la première université
de Montréal et était devenu, au déménagement de
celle-ci à son site actuel sur la montagne, une école des métiers
d'art. Cet édifice est maintenant démoli et a fait place à
l'Université du Québec.
En 1947, on retrouve le club installé
plus au nord à l'Ecole des arts et métiers Octave Casgrain rue
Garnier au nord de la rue Bélanger où l'équipement de la
station club fut endommagé et volé. Cette école donnait
un cours spécialisé en radio marine et la station club était
installée dans cette classe. Personnellement, c'était la première
fois que j'étais mis en présence d'une station de radio amateur
car j'étais étudiant à cette école durant cette
année là. . J'avais 16 ans. Mais ce n'est que quelques années
plus tard que la radio amateur fit son entrée dans ma vie.
Après un court séjour à
l'école St-Gérard, VE2DN déménagea encore une fois,
cette fois-ci à l'Institut Teccart qui logeait rue Christophe Colomb
un peu au sud du Blvd Rosemont. Après Teccart, le club dut s'exiler dans
l'ouest de la ville, plus précisément au club Coronet au 1077
rue Victoria. Cet endroit était un cabaret et il va sans dire que les
assembl&eacu??te;es du club étaient fort courues. Par la suite, revenant
vers l'est, on s'installa au Café St-Jacques durant un an et demi. Comme
le loyer exigé de 8 dollars par mois était trop dispendieux, VE2DN
cessa simplement ses activités durant quelques années. Quelques
assemblées furent tenues au 2245 Maplewood et au 10,890 rue Péloquin,
probablement dans la demeure de quelques uns de ses officiers. De novembre 1948
à mars 1949, les assemblées se tenaient aux domiciles des directeurs
à tour de rôle.
En 1949, grâce aux relations politiques
de quelque directeur, le club obtint l'autorisation de tenir ses assemblées
à l'école des Métiers de la construction rue Laurier et
Parthenais. Les années 50 furent des années fastes pour le club.
Les assemblées ne comptaient jamais moins de 25 ou 30 amateurs et le
nombre de membres avait atteint un sommet inégalé jusque là
de plus de 100 membres. Pour les amateurs de cette époque, qui ne se
souvient pas des soupers Bar-B Q, des piques niques aux grèves de Contrecoeur
chez les frères St-Gabriel, grâce à Ernest, VE2ATE, qui
s'organisait pour obtenir les permissions nécessaires, et des célèbres
parties de balle molle entre le club de Québec et le club de Montréal
avec en récompense le trophée Michel Normandin. Les amateurs de
Montréal ne devaient pas être très sportifs car à
chaque fois, ils se sont fait battre à plate couture par des scores de
75 à zéro et le fameux trophée ne vint jamais à
Montréal.
Au milieu des années 50, un personnage
célèbre avait fait une entrée remarquée dans le
monde de la radio amateur. Il s'agissait de Michel Normandin, le très
connu et coloré commen??tateur de la soirée du hockey, de la
lutte au forum et de l'heure des quilles du dimanche après midi à
la télévision de Radio Canada. A cette époque, j'étais
employé de Radio Canada affecté en permanence aux cars de reportages
qu'on appelait des unités mobiles que je suivais partout. A chaque semaine,
nous allions nous installer dans la ruelle en arrière de la salle de
quille Leader rue Ste Catherine près de la rue Guy et je stationnais
mon auto tout juste derrière l'unité mobile de Radio Canada, ce
qui me permettait, une fois mon travail terminé en attendant l'heure
de la mise en onde, de faire quelques contacts en HF soit sur 20 mètres
ou 80 mètres confortablement installé dans mon auto.
Un jour, le réalisateur de l'émission
fit demander Michel pour discuter d'un sujet quelconque. Celui-ci descendit
dans la ruelle par l'échelle de sauvetage par laquelle on accédait
à la salle de quilles. En passant près de mon auto, il me voit
parler au microphone. Michel étant un as du micro, et curieux comme il
était, il s'installe à mes côtés pour savoir à
qui je pouvais bien parler directement de mon auto, oubliant complètement
la raison de sa descente dans la ruelle. Ayant encore en mémoire mon
aventure avec Phil Rainville, et sachant que j'avais affaire, cette fois-ci,
à un professionnel de la communication, je lui avais expliqué
du mieux que je pouvais certaines facettes de ce hobby passionnant. Michel se
montrait de plus en plus intéressé, et nous étions tous
les deux partis pour la gloire, lui avec ses questions et moi avec mes démonstrations,
et mes contacts radio quand le réalisateur qui trouvait que Michel prenait
bien du temps à descendre se montra le nez dans la porte arrière
de l'unité??; mobile, ce qui mit fin à la démonstration.
Par la suite, tous les dimanches, dès qu'il le pouvait, il ne manquait
jamais l'occasion de descendre écouter les conversations que je faisais
de mon automobile tout en se renseignant d'avantage sur ce hobby qui semblait
le fasciner de plus en plus. Quelques mois plus tard, il passait ses premiers
examens et obtenait son certificat de base avec l'indicatif VE2AHZ qu'il devait
remplacer plus tard par VE2VR.
Bien que grande vedette du monde du sport aussi
bien à la radio qu'à la télévision et représentant
officiel de la brasserie Dow, Michel était un bon vivant d'un caractère
affable et d'une très grande simplicité. Il devint membre de VE2DN
et introduisit beaucoup de piquant au club, peut être à cause de
son statut de vedette et de son affiliation avec le monde du spectacle mais
surtout à cause de son caractère enjoué et de sa simplicité.
Mais par dessus tout, à cause de l'intense plaisir qu'on voyait dans
ses yeux quand il était en compagnie de radio amateurs.
Si bien que lors d'un de nos Bar-B-Q annuel que
j'avais organisé dans une salle qui devait devenir plus tard le premier
poste de police de ville d'Anjou blvd Métropolitain, on lui avait confié
la tâche de réserver l'orchestre. Jusque là, la musique
des party d'amateurs étaient fournie par de bons vieux phonographes et
les disques que les amateurs apportaient de leur domiciles. Il faut avouer ici
que les amateurs n'avaient pas la réputation d'être de très
bons danseurs, au grand désespoir de ces dames qui ne parvenaient pas
à faire danser leurs époux et qui devaient se contenter de faire
tapisserie pendant que leurs hommes placotaient de radio. Est-ce que par hasard,
quelques uns parmi vous se reconnaissent? Ne réponde??z surtout pas!
Revenons à notre ami Michel Normandin.
Comme les contacts de Michel dans le milieu professionnel
de la radio-télévision étaient bien connus, il avait engagé
des musiciens tous aussi professionnels, au nombre de cinq qui étaient
venus jouer pour nous. Aucun club de radio n'avait jamais eu un aussi bon orchestre
mais à la fin de la soirée, quand vint le temps de payer la note,
quelle ne fut pas ma surprise de constater que chaque musicien nous coûtait
150.00 dollars. Multiplié par cinq, ça faisait un total de 750.00
dollars payés au tarif de la guilde des musiciens de Montréal.
Heureusement que la TPS n'existait pas à ce moment.
VE2DN ni le comité organisateur n'avaient
prévu cette somme au budget car nous pensions tous que les contacts de
Michel seraient suffisants pour nous assurer d'un excellent orchestre à
prix réduit sinon à prix gratuit. Et notre ami Michel n'eut d'autre
choix que de payer de sa poche les employés qu'il avait engagés.
On lui a longtemps rappelé, pour l'agacer un peu, sa générosité
peut-être un peu forcée mais il avait pris la chose avec l'humour
qui le caractérisait.
Une autre anecdote concernant notre vedette nationale.
L'inspecteur de la radio qui avait fait passer les examens à Michel,
Charlie Carrier, VE2OO, s'était lié d'amitié avec ce généreux
bonhomme. Quand celui-ci avait obtenu sa licence, et comme les ressources financières
ne semblaient pas trop lui manquer, il avait acheté sa station de radio
au complet, tour, antennes, beam et microphone inclus. Et notre ami pratiquait
sa télégraphie de plus belle. Il en faisait même pitié
car Michel n'aimait pas particulièrement le code morse, lui qui jasait
depuis fort longtemps da??ns tous les micros du Québec à titre
de communicateur professionnel.
Un de ces soirs ou Charlie était allé
lui rendre visite à son domicile, celui-ci lui fit les honneurs du propriétaire
et lui fit visiter comme on s'en doute un peu tous les recoins de sa station
nouvellement installée. Charlie commença à manipuler les
boutons du récepteur, un beau National tout neuf. A un moment donné,
il entendit un amateur local qu'il devait certainement connaître et qui
appelait CQ sur la bande de 80 mètres. Notre inspecteur, n'écoutant
que ses instincts de vieil opérateur prit le micro de notre ami Michel
et répondit à la station en question en utilisant l'indicatif
VE2AHZ. A titre d'inspecteur, il aurait mieux valu qu'il consultasse son CR-25
(même s'il n'existait pas à ce moment), car la station qu'il opérait
n'ayant pas encore les pleins privilèges, même un inspecteur de
la radio n'avait pas le droit de l'opérer en phonie.
Vous auriez du entendre la tempête que
cet incident avait déclenché. On chuchotait dans les chaumières
que bien entendu, parce que c'était Michel Normandin, parce qu'il était
un ami de l'inspecteur et surtout parce qu'il était une grosse vedette,
les règlements n'étaient pas faits pour lui, et patati et patata.
La vedette d'hier était devenue en l'espace d'une seule petite conversation
le paria des ondes et le chou-chou de l'inspecteur.
Michel n'en fit pas un drame et cette incartade
bien involontaire aux règlements fut vite oubliée mais il appert
que notre inspecteur n'est jamais retourné visiter Michel. De toute façon,
un an plus tard, notre ami devenait l'heureux détenteur de son certificat
supérieur et on ne sut jamais ce qu'il était ??advenu de sa clé
de télégraphie. Une autre chose qu'on a jamais su. Est-ce que
Charlie s'était envoyé à lui-même un avis d'infraction
quand il était revenu à son bureau?
Michel Normandin, VE2VR, est décédé
subitement à l'âge de 50 ans dans la même semaine que l'assassinat
du président Kennedy. Ce fut une perte lourdement ressentie par les amateurs
locaux, car en très peu de temps, il avait su se faire une multitude
d'amis sur les ondes amateurs et il était devenu un actif important du
club et de la grande communauté amateur du Québec.
Revenons à VE2DN. Durant les années
50, le club avait réussit à survivre à la concurrence de
la télévision qui avait fait son apparition en septembre 1952,
et cette survivance avait durée jusqu'au début des années
60. En juin 1961, le gouvernement provincial à qui appartenait l'édifice
de la rue Laurier avisait le club qu'il ne pouvait plus tenir ses assemblées
à cet endroit. Le club dut se trouver un autre local.
Le lundi, 23 octobre 1961, une assemblée
fut tenue dans un nouveau local le manoir Laurier, au 1258 Bélanger est.
Il y eut des élections et Yvon Dionne, VE2ARS y fut élu président.
Ce fut la dernière assemblée officielle de ce club. Par la suite,
durant quelques mois, certains amateurs se rendaient à cet endroit, un
peu par habitude mais on sentait bien que le coeur n'y était plus car
à la fin, nous n'étions plus que quatre ou cinq à nous
rencontrer au manoir Laurier, prendre un café ou une liqueur douce tout
en placotant. Ce fut la fin, toute en douceur, de ce club pompeusement baptisé
"Le Cercle des amateurs canadiens français de TSF et vidéo". La
tél&e??acute;vision n'était peut-être pas étrangère
à cette fin, et le désintéressement de ses membres avait
fait le reste.
Pour montrer à quel point les époques
se ressemblent parfois, j'ai trouvé un court message dans une des revues
73 de ce club qui va vous rappeler quelques souvenirs en même temps que
démontrer que toutes les époques se ressemblent. Cet article avait
été écrit en novembre 1954. Je n'ai rien ajouté
ni retranché. Je vous le lis tel qu'il a été écrit
par le responsable de la revue 73.
"MESSAGE SPÉCIAL: De la façon dont
les amateurs réagissent, l'intérêt de leur journal ne semble
les préoccuper guerre. Depuis l'édition de la première
revue 73 il semble qu'aucun d'entre vous ne veut collaborer. Personne ne nous
fait part de ses activités ou de ses exploits.
Ce n'est qu'avec votre collaboration que nous
pourrons réussir. Nous lançons donc un appel spécial à
tout amateur intéressé à l'acheminement de leur journal
vers des horizons plus prometteurs. Nous sommes sur que tous répondront
à cet appel de désespoir et que chacun voudra bien collaborer.
La direction se réserve cependant le droit
de changer ou corriger tout article lui provenant et la publication en est laissée
à son entière discrétion. Nous remercion donc à
l'avance et attendons patiemment ces articles. C'était signé VE2AVR.
Comme on peut le constater, rien n'a changé
sous le soleil.
Quelque temps après la fin de VE2DN, plus
précisément en décembre 1968, un groupe de jeunes amateurs
avait formé Le Club des jeunes opérateurs. Le CJO. Deux conditions
ét??aient requises pour faire partie de ce club. La première,
être amateur ou SWL intéressé à la radio amateur
et la deuxième, être âgé d'au plus 27 ans. La cotisation
était de deux dollars par année. Ce club publiait six fois par
année un journal qui s'appelait VE2JC appelle. L'exécutif de ce
club était formé de Jean Achim, VE2ATL, président, Gilles
Pagé, VE2ABE, 1er vice-président, Stanley Frizzle, VE2AOI, 2e
vice-président, Jean-Guy Dussault, VE2BVC, secrétaire, Gaston
Théberge, VE2ACD, trésorier. Le représentant des SWL était
Guy Gaudet. Tous les samedis après midi, un cours de code était
donné par VE2ABE et VE2AWR.
Le rapport financier de l'année 1959-1960,
la première année d'opération du CJO, se lisait comme suit:
Contributions et dons: 89.28$; Dépenses: Journal, 80.03$, licence, 5.00$,
ARRL, 4.25$. Total des dépenses: 89.28$, en caisse: 69.15$. Ces chiffres
vous-font-ils sourire, quand on sait ce que coûte aujourd'hui le maintien
de la moindre organisation.
J'ai retrouvé dans la liste des membres
du CJO à titre d' étudiant, notre ami Jean-Guy De Gagné,
VE2DHA qui fut un des premiers utilisateurs de VE2XW à ses débuts.
Jean-Guy possédait à ce moment un véhicule 4 X 4 et il
a effectués de nombreux voyages sur le mont St-Bruno. Il est toujours
actif aujourd'hui.Il y avait aussi parmi les membres du CJO qu'on peut retrouver
aujourd'hui, André Hould, VE2BAA, Roger Casavant, VE2BBR, Marien Desrosiers,
VE2EA qu'on peut entendre sur HF du fond de la Gaspésie où il
demeure maintenant, Michel Boisvert, VE2UU, Camille Roch, VE2SO anciennement
VE2BDU qui réside maintenant au Saguenay et qui encore aujourd'hui est
un des amateurs les plus ??actifs sur la bande de 80 mètres, Jean-Claude
Vachon, VE2JC qui fut probablement le dernier président du CJO et nombre
d'autres dont on a perdu la trace. Si par hasard il y a des amateurs de cette
époque qui assistent présentement à ce réseau ou
qui lisent cet article, ils voudront bien se manifester lors du forum qui suivra
tout à l'heure.
Un amateur à ne pas oublier et qui fut
l'un des fondateurs du CJO est Gerry, VE2AW qui encore aujourd'hui est un amateur
des plus actifs et très impliqué dans la communauté. Je
souligne en passant que notre regretté Adrien Plamondon, VE2AN, avait
été nommé membre honoraire du CJO pour services rendus.
Adrien a travaillé de nombreuses années chez Payette, et peu d'ancien
amateurs ne l'ont pas connu.
Les activités du CJO n'ont pas duré
très longtemps. Un de ses principaux animateurs, Gilles Pagé,
VE2ABE, qui était devenu entre temps VE2PY, est décédé
tragiquement aux chutes Darwin à Rawdon dans les années 60 en
faisant de la photographie. Il était employé de Radio Canada télévision
à son décès. Ce club de jeunes avait quand même été
une pépinière très efficace de nombreux amateurs et on
retrouve encore en onde 30 ans plus tard, un bon nombre de ceux qui y avaient
été formés.
Concurremment au CJO, vers la fin des années
60, un autre club de radio s'était formé, celui-ci parmi les employés
de Radio Canada au Québec. En juin 1961, un relevé des amateurs
Radio Canadiens avait donné comme résultat le nombre assez impressionnant
de 54 amateurs au Québec seulement. A la grandeur du pays, les amateurs
étaient au nombre de 145, tous employés perm??anents de Radio
Canada répartis dans les différentes provinces et territoires
du pays. Le Québec était la province qui comptait le plus grand
nombres de radio amateurs parmi ses employés.
Quelques mots maintenant de notre association
provinciale. RAQI fut fondée en 1950 par un groupe de radio amateurs
de Québec, au nombre desquels était Gérard Vaillancourt,
VE2VD, de Québec, J. Albéric Marquis, VE2JAM, de Montmagny, Lionel
Groleau, VE2LG, fonctionnaire au parlement de Québec, le docteur J.E.
Mignault, VE2ZL, aussi de Québec, Jean Fortier, VE2AV, de Montréal,
Eugène Lajoie, VE2RA, employé de Radio Canada à Ottawa
et demeurant à Hull. VE2VH, Fernand Lanouette et VE2ZZ, Georges Desrochers
faisaient aussi partie du groupe. Les bases de l'association furent discutées
lors d'un pique-nique à Cap Santé en août 1949. Le comité
organisateur était composé de VE2RA, VE2VD, VE2VH, et VE2ZZ qui
était inspecteur de Communication Canada à Montréal.
Lors d'une réunion subséquente
à Chicoutimi le 23 juillet 1950, un groupe de travail avait été
formé sous la présidence de Gérard Vaillancourt, VE2VD,
pour faire une demande d'incorporation au nom de Radio Amateurs du Québec
Incorporé. Ce groupe de travail était composé en plus de
Gérard Vaillancourt, de VE2RA, Eugène Lajoie, VE2ALV, Lionel Groleau,
qui devint plus tard VE2LG, le docteur Mignault, VE2ZL, Albéric Marquis,
VE2JAM, Fernand Lanouette, VE2VH et Georges Desrochers, VE2ZZ.
Les lettres patentes furent émises le
24 avril 1951 et le comité suivant fut formé parmi les 18 administrateurs
élus: Président, VE2VD, Vice-président, VE2RA, secrétaire,
Stella Bélange??r, VE2AOB, Directeurs: Lionel Groleau, VE2LG, Doc Mignault,
VE2ZL et Alex Reid, VE2BE qui représentait l'élément anglais
de l'association.
Les directeurs des régions étaient:
Abitibi, Marcel Phaneuf, VE2RB; Chicoutimi, Pierre Joron, VE2DV; Gaspésie,
Georges-Henri Emond, VE2NE; Hull, Bob Lajoie, VE2ADW; Iberville, Gabriel Demers,
VE2AHK; Montréal, Jean Fortier, VE2AV et Georges Desrochers, VE2ZZ; Québec,
Albert Duberger, VE2HB et Marcel Vidal, VE2OE; Sherbrooke, Pierre-Paul Thibault,
VE2ADB, et enfin de Trois-Rivières, Ernest Doyon, VE2JZ.
La première assemblée générale
de la nouvelle association fut fixée à Cap-Santé le 12
août 1951. Lors de cette première assemblée du bureau de
direction, un vote avait été tenu sur une résolution de
remerciement à l'Honorable Onésime Gagnon, alors lieutenant-gouverneur
pour l'obtention du privilège des plaques d'automobiles aux membres.
Comme on peut le constater, l'association n'avait pas attendu ses lettres de
noblesse pour demander au gouvernement d'autoriser l'émission de plaques
VE2 aux membres. Le lobby de nos amis fonctionnaires amateurs avait été
des plus efficaces, car si on s'en souvient, Maurice Duplessis était
au pouvoir et contrôlait la province avec une main de fer.
Au début, il était obligatoire
d'être membre de RAQI pour obtenir ses plaques VE2 et il fallait débourser
la somme de 2.50$ en surplus de sa cotisation pour obtenir ce privilège.
L'obligation d'être membre de RAQI fut abolie lors de la refonte de la
loi sur les véhicules automobiles, mais RAQI demeura tout de même
l'organisation mandatée par les autorités pour la distribution
des plaques VE2.
A deux reprises, la Société d'assurance
??automobile du Québec tenta d'abolir le privilège des plaques
VE2 aux amateurs mais à chaque fois, les représentations de RAQI
firent tourner le vent en notre faveur. Je suis bien placé pour vous
en parler car la première fois, en 1973, j'étais président
de RAQI et je dus aller à Québec rencontrer Ghislain Laflamme
pour débattre de ce cas. Grâce à l'aide encore une fois
de nos amis fonctionnaires amateurs, tels VE2LG, VE2OU, et d'autres, et à
l'appui inconditionnel des amateurs du Québec, les autorités renversèrent
leur décision et les amateurs purent conserver leurs plaques, ce précieux
symbole de leur identité, sur leurs automobiles.
La dernière fois que ce sujet revint sur
le tapis, au milieu des années 80, RAQI mobilisa de nouveau ses effectifs
pour une fois de plus défendre ce privilège. Mais rien n'est coulé
dans le béton. Demeurons vigilants et surtout, ne laissons pas notre
association provinciale disparaître, faute de membres. Ce ne sont pas
les seules fois ou RAQI s'est porté à la défenses des Radio
amateurs, et il y aura encore beaucoup d'occasions ou la force de la solidarité
viendra à la défenses des amateurs.
A ses débuts, RAQI se voulait une organisation
sans buts lucratifs, financée entièrement par ses membres. Ce
n'est qu'après 1975 que notre association reçut du gouvernement,
par l'intermédiaire de la Fédération des Loisirs du Québec,
des subventions annuelles de fonctionnement qui durèrent jusqu'à
tout récemment. C'est aussi à compter de ce moment qu'une permanence
fut assurée au secrétariat par une directrice générale,
Gisèle-Floch Rousselle, assistée d'une secrétaire. Jusque
??là, le secrétariat logeait dans la demeure des différents
secrétaires nommés par le conseil d'administration.
Il y aurait tant à dire sur cette association
qu'il faudrait une émission spéciale entièrement consacrée
à ce sujet. Ceux qui ont eu la chance d'assister aux piques-niques et
conventions qui étaient organisés dans une ville hôte différente
à chaque année s'en souviendront longtemps. Dans les années
60, assister à la convention annuelle de RAQI ne coûtait pas une
fortune et c'était l'événement radio amateur de l'année.
Mais avec l'augmentation du coût de la vie, ces agapes étaient
devenues ruineuses pour les membres aussi bien que pour l'association, qui dut
y mettre fin vers la fin des années 70. Mais quels souvenirs extraordinaires,
nous les plus vieux, qui étions alors de jeunes amateurs, avons conservés
de ces merveilleuses retrouvailles. Parlez-en à des gars comme Adrien
Dupuis, VE2AID, Jean-Paul Godmaire, VE2AST, Roland Masse, VE2PX et bien d'autres
qui ne pourront jamais oublier les nuits blanches suivies de réveils
brutaux et de bains forcés dans les piscines des différents motels
que nous habitions et qui marquaient les débuts d'une autre journée
de festivités. On ne s'ennuyait jamais aux conventions de RAQI, mais
les retours au travail le lundi matin étaient parfois, pour ne pas dire
souvent pénibles.
Un événement majeur dans l'histoire
des communications radio s'est produit en 1962 avec l'ouverture par le département
du transport de la bande du service radio général, plus connu
sous le nom de CB. (Pour citizen band en anglais). Ce service avait été
créé pour répondre à un besoin du grand public ayant
&agr??ave; utiliser un moyen de communication à prix abordable à
court rayon d'action. La licence coûtait 10 dollars et était valide
pour trois ans. De plus, il n'y avait aucun test à passer. La seule restriction
étant que les appareils utilisés pour ce mode de communication
devaient être homologués par le ministère.
Ce service a pris rapidement un essor considérable
car un an après sa mise en service, il comptait plus de 13,000 adeptes
et en 1976, plus de 300,000. L'utilisation de cette bande dans un but récréatif
n'était pas autorisée, mais cependant tolérée s'il
n'y avait pas d'abus. On sait ce qu'il advint par la suite. Les fréquences
qui avaient été assignées étaient les fréquences
de la bande du 11 mètres qui avaient été empruntées
aux amateurs
Parlons maintenant de l'UMS. Après la
fin des activitée de VE2DN en 1961, Montréal et sa grande région
n'étaient plus représentés par un club de radio de langue
française. Certains amateurs s'étaient tournés vers le
club de langue anglaise de Montréal, le Montreal Amateur Radio Club,
le MARC. Les assemblées de ce club comptaient toujours une assez forte
délégation de membres francophones. J'ai souvent assisté
à ces assemblées et je peux vous dire que les membres de langue
française y étaient fort bien accueillis.
Il y avait eu entre temps, en 1968, la mise en
service du répéteur VE2XW qui avait comblé pour un temps
le vide laissé par l'absence d'un club organisé et ce répéteur
était devenu par la force des choses le parapluie sous lequel se regroupaient
les amateurs de la grande région de Montréal. Il s'éta??it
formé spontanément autour de ce répéteur ce qu'on
avait baptisé à l'époque, le groupe XW. Lorsqu'il y avait
des organisations quelconque auxquelles nous pouvions apporter notre support,
le groupe ne manquait jamais d'y être représenté et d'offrir
ses services. Les amateurs y participaient joyeusement et en grand nombre.
Entre autre organisations auxquelles ce groupe
avait assuré le service de radio communication, il y avait la parade
de Noël organisé par la chambre de commerce de St-Bruno durant quelque
5 années, les Jeux du Québec sur les pentes de ski de St-Bruno,
les courses de vélo Québec-Montréal organisées par
un restaurateur bien connu de Montréal-Nord, courses auxquelles participaient
une cinquantaine d'amateurs. On n'avait qu'à lancer un appel sur le répéteur
quelques jours avant l'événement et on n'avait aucune difficulté
à recruter les équipes nécessaires. Presque toujours, c'était
Gilles Tapp, VE2BTF qui prenait le contrôle des opérations et qui
avait la charge de recruter les amateurs. Il s'est toujours acquitté
de cette tâche d'une manière très efficace et les amateurs
répondaient toujours présent à ses appels.
Il en avait été de même lors
de la construction des facilités du répéteur sur la montagne
de St-Bruno. Quand on prévoyait des travaux le samedi, que ce soit sur
la montagne ou ailleurs, on en parlait sur le répéteur durant
la semaine et le samedi matin à six heures, il y avait toujours devant
ma porte une dizaine d'automobiles prêtes à se lancer à
l'assaut de la montagne dans la joie et la bonne humeur. Ce fut sans aucun doute
une des ??périodes les plus exaltantes de l'histoire de ce répéteur.
C'est dans ce contexte que l'UMS vit le jour
suite à une idée que caressait depuis quelque temps un grand bonhomme,
Adrien St-Martin, VE2BLN. Il était venu un soir me rendre visite accompagné
comme d'habitude de ses deux gardes-du-corps, Robert Carbonneau, VE2AVG et Bernard
Dupont, VE2BTW. Lors d'une de ses visites, par un beau soir de printemps, après
avoir consommé quelques bonnes bouteilles de vin, Adrien avait lancé
l'idée de fonder sur les bases de son école de radio amateur au
collège Marie-Victorin un club de radio qui faisait cruellement défaut
aux amateurs de langue française de Montréal.
Je trouvais l'idée d'autant plus intéressante
que déjà, un noyau d'une centaine d'amateurs utilisaient le répéteur
VE2XW et que nous pourrions puiser dans ce groupe pour jeter les bases de ce
qui pourrait devenir un club de radio viable. Aussitôt dit, aussitôt
fait. Adrien convoque une assemblée d'information au Collège Marie-Victorin,
assemblée à laquelle répondirent près de 75 amateurs.
C'était en mai 1974, quelques semaines seulement après en avoir
discuté autour de ma table de cuisine en dégustant une bonne bouteille.
Ce sont de merveilleux souvenirs.
Il y eut durant l'été quelques
assemblées d'information et un comité provisoire formé
de Gaby, VE2AIT, maintenant VE2AI, Jean-Marie Beaujean, VE2HM et Adrien St-Martin,
VE2BLN qui agissait à titre de secrétaire, avait été
mis en place. A l'automne, tout était prêt, les premières
assemblées furent convoquées et les lettres patentes de l'UMS
furent finalement émises en janvier 1975.
Le premier ??président élu en
1975, fut Jean Talon, VE2ZO, qui portait à ce moment l'indicatif VE2DPD.
Les présidents qui se succédèrent par la suite furent en
1977, le regretté Adrien Plamondon, VE2AN suivi en 1979 de Gerry Paquette,
VE2AW, en 1981, Pierre Roy, VE2JO, en 1982, Marcel Thibault, VE2GAJ, en 1983,
Robert Leulier, VE2FKD, en 1985, Pascal Charlebois, VE2HAD, qui fut remplacé
par son épouse Solange Brunet, VE2TSF en 1986. En 1987 Victor Guerriero,
VE2GDZ, prend la relève suivi par Michel Chotard, VA2MC, ex. VE2JEU.
En 1991, c'est Michel Lalande, VE2LAL. En 1992 c'est François Dubois,
VE2TLS, un amateur français qui est depuis retourné en France,
remplacé en 1993 par Marc Tardif, VE2SDQ, maintenant VA2MT. En 1993,
au transfert de Marc au Nouveau Brunswick, c'est Monic Melançon, VE2AJK
qui prend la relève et enfin en 1995, le président actuel, Yvon
Boivin, VE2CVB.
J'ouvre ici une parenthèse pour vous raconter
une anecdote. Ca s'est passé sous la présidence de Gerry, VE2AW.
Comme tout le monde le sait, Gerry à fait carrière dans l'armée
canadienne. Il en a donc pris les manières et les habitudes un peu militaires.
Tu obéis OU tu la fermes, ou encore, tu obéis ET tu la fermes.
Lors d'une assemblée mensuelle régulière, alors que les
sujets traités étaient plus ou moins soporifiques, par une chaleur
torride, dans une salle ou l'on n'entendait rien à cause de l'écho,
il y avait au fond de la salle un fort noyau d'amateurs qui ne semblaient pas
très intéressés par ce qui se disait en avant et qui jasaient
de plus belle dans un QSO local des plus enlevant.
A un moment donné, Gerry arrête
net sa présentation et haussant le ton pour être bien entendu,
il demande: Est-ce que vous m'entendez bien a??u fond de la salle? Et les jaseux
de répondre: Oui, oui, on t'entend très bien Gerry. Et le président
de renchérir: Moi aussi je vous entend, pourriez-vous vous la fermer,
s'il vous plaît? Et l'ami Gerry de reprendre sa dissertation là
où il l'avait laissé comme si de rien n'était. La suite
de l'assemblée fut, on s'en doute bien, un peu plus silencieuse.
Je dois ici admettre, pour être juste avec
ces placoteux, que la salle où nous tenions nos assemblées au
Collège Marie-Victorin était l'ancienne chapelle, entièrement
ronde et en béton, et que l'écho était tel que même
avec la meilleur volonté du monde, il nous était impossible de
suivre la moindre discussion venant de la table du conseil. Les amateurs de
ce temps s'en plaignaient beaucoup, d'ailleurs.
Dès sa fondation, l'UMS publiait un journal
à l'intention de ses membres. Le premier éditeur de ce journal,
en format tabloïd, c'est à dire la grandeur du Journal de Montréal,
était Jean Bellemare, VE2BGJ. Vinrent ensuite Bernard, VE2EDM, Richard
Gaulin, VE2FBD assisté de son épouse Rita, VE2FBE de février
1979 jusqu'à avril 1982. Marcel Provost, VE2FEM prit ensuite la relève
suivi de Michel, VE2GMS et Bernard, VE2LC. Bien que la nomenclature de tous
ces responsables ne soit pas complète, j'ai obtenu de Carole, VE2MME,
certains renseignements concernant les éditeurs du journal. En janvier
1990, Michel, VE2JEU, maintenant VA2MC avait la responsabilité du journal.
Puis ensuite, Claude Cossette, VE2FUR en 1993, Bruno Noreau, VE2BNJ en février
1994, Stéphane Burgoyne, VE2OWL et enfin depuis septembre 1995, Francis
Memten, VE2ZFM, malheureusement décédé depuis la composition
de cet article.
S??i j'en ai oublié, je m'en excuse.
Un texte comme celui-ci demande beaucoup de recherches et les archives des organisations
dont j'ai parlé ne sont malheureusement pas toujours très complètes.
J'ai dit plus haut que le premier journal de
l'UMS était en format tabloïd et comptait 12 pages. En plus des
articles portant sur la radio amateur, il y avait une page féminine tenue
par Claudette, VE2ECP, une page destinée aux enfants, une page de bricolage
écrite par notre doyen, Aurèle, VE2DW et une foule d'autres chroniques
toutes aussi intéressantes et amusantes les unes que les autres, telles
la télévision à balayage lent par Robert Gendron, VE2BNC.
Guy Poirier, VE2AJG était aussi un collaborateur occasionnel de la revue,
son sujet préféré étant les blocs d'alimentation
ainsi qu'Alain, VE2ARA, qui est maintenant recyclé dans les recherches
généalogiques. Il y en a eu bien d'autres dont on a perdu la trace.
En plus de Jean, VE2BGJ, qui en était
le rédacteur en chef, Yves Couture, VE2DYC était le publicitaire
et Hubert Thibodeau, VE2BZ, le graphiste. Faut pas le dire trop fort, mais notre
ami Yves devait travailler plus souvent pour les amateurs que pour son patron
car le journal contenait une foule d'annonces et arrivait à s'auto-financer
grâce à ses nombreux commanditaires.
Parmi les activités de l'UMS, à
part les assemblées mensuelles, il y avait le marché aux puces
sur le répéteur VE2XW, dont le premier titulaire fut nul autre
que Bernard, VE2ACT, puis Jean-Guy De Gagné, VE2DHA, Michel Boisvert,
VE2UU, Denis, VE2FYZ, Pierre, VE2AGC et Roland, VE2BBG. Oui, le même Roland
qui anime actuellement certains réseaux de l'UMS. Le club organisait
aussi son field day annuel qui était toujours fort c??ouru, et un encan
de fin de saison burlesque, que Jean Taillon, VE2BEU, animait avec brio.
On ne s'ennuyait pas durant cet encan, laissez
moi vous le dire. Plusieurs des premiers membres du club doivent encore s'en
souvenir, avec sans doute un pincement au porte-monnaie. En effet, quand Jean
animait cet encan, il était défendu dans l'assistance de se gratter
le bout du nez, d'éternuer, de bouger le moindrement sur sa chaise ou
de faire quelque signe que ce soit, même de cligner des yeux au risque
de se voir octroyer des objets dont personne ne voulait plus et d'en devenir
les heureux nouveaux propriétaires moyennant le paiement en espèces
sonnantes et trébuchantes qui allaient grossir un tant soit peu le compte
en banque du club. Cet encan était une vraie partie de plaisir, rien
de mieux pour se dilater la rate. C'était un événement
à ne pas manquer.
Lors de ces encans, il y eu des démangeaisons
qui ne furent jamais calmées devant la terreur de devoir rapporter à
la maison et déballer devant l'épouse en furie toutes ces cochonneries
que Jean nous forçait à acheter.
A un certain moment de son existence, le club
comptait 600 membres et l'atmosphère qui régnait aux assemblées
était indescriptible. La demande était là, il suffisait
d'y répondre, et Adrien St-Martin l'avait bien compris.
Il n'était pas rare, au tout début
de l'UMS, de voir des assistances de 150 à 200 personnes aux assemblées
mensuelles. L'amitié et la camaraderie étaient de mise. Durant
quelques années après sa fondation, le club tenait ses assemblées
dans l'auditorium du Collège Marie-Victorin, c'est donc dire que nous
y étions plus que confortables.
En 1985, le club avait publié un botti??n
qui contenait la liste de ses membres. Il y avait alors 248 membres en règle
et 96 membres étudiants. En 1985, on retrouvait au conseil d'administration
du club à titre de président, Pascal Charlebois, VE2HAD, comme
vice-président Michel Dugal, VE2FEC, comme secrétaire Pierre Fisher,
VE2AH, trésorier Paul Letourneau, VE2HBL et comme directeur, Robert Leulier,
VE2FKD. Mario Dumont, VE2GMD était le responsable des réseaux,
Roland Bourget, responsable du marché aux puces, Bernard Leblanc, responsable
du journal, Robert Leulier, responsable des cours de radio et Claudette Taillon,
VE2ECP, responsable des cotisations, de l'adressage et d'une foule d'autres
services qui se font toujours dans l'ombre mais qui n'en sont pas moins essentiels
pour la bonne marche de toute organisation.
Il est bien évident que les réalisations
de l'UMS ne se comptent plus. Tout comme RAQI, il me faudrait un réseau
complet juste pour raconter en détail tout le travail bénévole
qui s'est accompli depuis sa fondation. Je n'aurais qu'à laisser parler
tous ceux qui se sont impliqués de près ou de loin pour la bonne
marche du club, mais comme le réseau de ce soir se voulait surtout un
survol de ce que d'aucun appelaient le bon vieux temps, je reviendrai une autre
fois sur ces sujets précis que sont RAQI, l'UMS, et aussi d'autres organisations
dont on ne connaît pas l'historique.
Je m'en voudrais de ne pas profiter de l'occasion
que ce réseau m'apporte pour remercier en votre nom et au mien, tous
ceux qui de près ou de loin ont contribué au maintien et à
l'essor, non seulement de l'UMS, mais aussi de notre association provinciale
et de tous ces autres clubs qui ont été fondés au Québec
durant cette longue période, surtout depuis une vingtaine d'années.
On a souvent &agr??ave; l'endroit de ces bénévoles la critique
plus facile que la reconnaissance. Profitons donc de cette occasion pour leur
exprimer nos remerciements.
Une des raisons du succès de l'Union Métropolitaine
des Sans Filistes de Montréal pourrait peut-être trouver sa source
dans une réflexion du premier président, Jean Talon, VE2ZO. Quand
Jean avait été élu président à la première
élection, il avait présenté à l'assistance la constitution
du club en disant: Vous voyez ces papiers, regardez les bien car c'est la dernière
fois que vous les voyez. Je les place dans un tiroir, je met ce tiroir sous
clé et je perds la clé. Je ne veux pas perdre mon temps et vous
faire perdre le vôtre à discuter de la position des virgules dans
cette constitution. Ce club est un club d'amis radio amateurs et non d'avocats.
Nous allons nous amuser à discuter de radio et non de constitution. Jean
a tenu sa promesse et les présidents qui lui ont succédé
aussi.
Je me suis attardé longuement sur l'UMS.
J'avais plusieurs bonnes raisons pour ce faire, dont la meilleure et non la
moindre est que j'en fus l'un des membres fondateurs. J'ai vu naître ce
club sur la table de ma cuisine et les souvenirs que je conserve d'Adrien, VE2BLN,
de Bernard, VE2BTW et de Robert, VE2AVG sont des souvenirs qui me rattachent
par la force des choses à tout ce qui touche à ce club. Mais il
y avait aussi d'autres clubs qui fonctionnaient très bien dans la grande
région métropolitaine, pendant qu'à Montréal, le
club n'était qu'à l'état de projet. Des clubs existaient
à St-Jean sur Richelieu, à St-Hyacinthe, à Laval et en
reculant de quelques années, à St-Lambert et à Longueuil
ainsi qu'à Trois-Rivi&eg??rave;res et Québec. Sait-on seulement
que le club de Trois-Rivières est le plus ancien club de radio amateur
en Amérique? Il fut fondé dans les années 20 par Arthur
Kemp, VE2EK et l'abbé Charles Robert, VE2EC, qui vient de nous quitter
à l'âge vénérable de 93 ans. Ce club, c'est VE2MO,
et nous lui souhaitons longue vie.
En 1985, le club de Longueuil actuel, VE2CLM
fut fondé par Pierre Fisher, VE2AH, Georges Whelan, VE2TVA et Jean-Pierre
Rousselle, VE2AX. Ce club de la rive sud est maintenant en pleine expansion
et perpétue la tradition de service au public si chère aux radio
amateurs en participant à de nombreux événements annuels.
Durant les 10 ou 15 années qui viennent de s'écouler, les clubs
ont poussé comme des champignons un peu partout, répondant à
un besoin certain de regroupement des forces. A chaque année, durant
le mois de janvier, l'UMS devient l'hôte lors d'un de ses réseaux
de 7 heures, de tous les présidents de clubs qui veulent bien faire connaître
leurs associations respectives. Cette initiative à pour origine Gilles
Roch, VE2AYH qui en a eu l'idée il y a quelques années et qui
a mis son idée en pratique pour la première fois à l'occasion
d'un réseau qu'il animait à ce moment.
On peut retrouver encore aujourd'hui plusieurs
des personnages dont je vous ai parlé durant les minutes qui viennent
de s'écouler. Ils ont traversé le temps et ils sont toujours aussi
dévoués à la cause de la radio amateur qu'elles ou qu'ils
l'étaient à époque heureuse ou nous étions tous
30 ou 50 ans plus jeunes et que l'enthousiasme de notre jeunesse rendait parfois
un peu matamores. Malheureusement, plusieurs de nos vieux amis nous ont quitté
pour un monde me??illeur. S'ils étaient avec nous en ce moment, je suis
persuadé qu'ils porteraient toujours aussi haut ce magnifique flambeau
qui a fait rayonner au fil du temps ce passe temps auquel nous sommes si attaché.
Que nous réserve l'avenir? Que sera la
radio amateur dans 50 ans? Bien malin celui qui pourrait risquer quelque prédiction
à cet effet. Il est de plus en plus clair que la radio amateur comme
passe temps est gravement menacée. Le projet de déréglementation
que le gouvernement veut nous imposer, même s'il est enrobé de
sucre, tuera très certainement à moyen et long terme le hobby
dans sa forme actuelle. Nous devrons demeurer vigilants et réagir vigoureusement
à ces attaques. Nous devrons serrer les rangs en nous joignant à
nos différents clubs et associations. Ce sera la seule façon de
faire entendre nos voix, manifester notre désaccord et faire avorter
ces projets nés dans les officines des fonctionnaires d'Ottawa qui n'ont
pas autre chose à faire que de nous voir disparaître.
Devant les progrès inouis des techniques
de communication, de l'informatique et de la science en général,
l'être humain se sent bien petit. La planète rétrécit
à vue d'oeil et les communications par radio ont largement contribué
à ce phénomène de rapprochement des peuples. Maintenant,
c'est internet, les satellites de communication, qui ne sont finalement que
des répéteurs sophistiqués placés très hauts
dans l'espace. Les radio amateurs, par leurs contributions aussi minimes qu'elles
aient pu être, ont contribué à ce rapprochement de façon
significative. Aurons-nous encore un rôle à jouer à l'aube
de ce 21e siècle ou la puissance de l'argent et du pouvoir est dev??enue
le moteur de nos gouvernements. Est-ce que nos appareils de plus en plus sophistiqués
ne seront plus que des jouets de luxe dans les mains de grands enfants qui ne
sauront plus s'en servir. Saurons-nous conserver cette éthique radio
amateur sans l'aide des lois qui servaient de balises et de l'indifférence
de nos dirigeants pour lesquels nous serons devenus un fardeau.
La réponse est entre vos mains, tous et
chacun de vous. Si la radio amateur conserve un peu d'humanisme dans ses relations
des uns avec les autres, alors, notre hobby continuera-t-il de nous faire vivre
de merveilleux moments de détente. Car après tout, pourquoi fait-on
de la radio si ce n'est que pour nous rapprocher les uns des autres, se serrer
les coudes entre amis qui partagent une même passion et d'y retrouver
un peu de cette chaleur et de cette fraternité dont les amateurs se sont
de tous temps entourés et de sentir que nous ne sommes pas seuls sur
cette immense planète.
Ceux qui ont déjà entendu sur cette
fréquence il y a quelques années la conclusion du radio roman
futuriste Cébiste et Hamteur se souviendront sans doute que parvenues
aux années 2050, les machines se parlaient entre elles sans l'intervention
des êtres humains qui les avaient construites. Faites en sorte que notre
passe temps ne finisse pas de la même manière.
Ceci termine le réseau de ce soir. J'avais
assez de matériel pour vous tenir éveillé toute la nuit
mais j'ai voulu laisser un peu de temps pour vous permettre de vous exprimer
sur le sujet. Vous aussi avez sûrement vous aussi des choses intéressantes
à raconter. C'est maintenant votre tour.
Avant de terminer, je veux remercier tous ceux,
qui, de près ou de loin m'ont aidé à rédiger ce
bref survol des 50 dernières ann&e??acute;es de radio dans le région
de Montréal. Parmi ceux là, un merci particulier à Rita
Gaulin, VE2FBE, l'épouse du regretté Richard, VE2FBD, qui a eu
l'amabilité de me prêter ses archives personnelles le temps nécessaire
à la rédaction de ce texte. A Gerry Paquette, VE2AW, pour ses
souvenirs de la période du CJO et de son passage à la présidence
de l'UMS.
A Aurèle Taillon, VE2DW, qui m'avait donné
il y a déjà quelques années des documents pertinents aux
débuts de la radio amateur. A Gille Masson, VA2GM, qui a bien voulu revoir
le texte et en corriger les inexactitudes. A Jean Bellemare, VE2BGJ, qui fut
avec moi de toutes les aventures tant à RAQI qu'à l'UMS et dont
les archives aidées en cela d'une excellente mémoires m'ont permis
de faire revivre et de coucher sur le papier de très beaux moments. Merci
aussi à son épouse Catherine, qui a patiemment corrigé
mes nombreuses fautes d'orthographe en les faisant passer diplomatiquement pour
des fautes de frappe.
Enfin, merci à vous tous qui avez assisté
nombreux à ce réseau. Il n'est pas facile de concrétiser
en quelques heures des souvenirs d'une aussi longue période, mais j'ose
espérer qu'après avoir entendu ce récit vous serez plus
en mesure de vous rendre compte de la distance parcourue depuis les 50 dernières
années en plus de mieux comprendre ce qui faisait la valeur de nos certificats
radio amateurs il y a 50 ans.
Je termine en formulant une pensée qui
m'est très personnelle. Que la fierté d'être radio amateur
redevienne la norme et que la valeur de ce privilège ne soit pas évaluée
en fonction de la facilité ou de la difficulté à obtenir
une licence ou ??un certificat de compétence, mais en fonction de la
valeur de ceux qui en sont les détenteurs et en fonction aussi des services
inestimables que ce passe temps pas ordinaire peut rendre à nos semblables.
Il fut un temps ou un certificat de radio amateur
était un passe-port qui nous ouvrait toutes les portes. Une reconnaissance
acceptée et respectée. Ce certificat représentait à
nos yeux une valeur telle qu'on en prenait soin comme la prunelle de nos yeux.
Ne laissez pas se perdre dans la médiocrité les si belles traditions
d'amitié et d'entr'aide établies si laborieusement au fil des
ans par ceux qui ont construits ce passe-temps. Surtout, ne vous laissez pas
décourager par les quelques individus qui essayent de détruire
par quelques coups de gueule anonymes et leurs frustrations, ce qui a été
construit si péniblement par les générations d'amateurs
qui nous ont précédés.
La parole est maintenant à vous. C'est
votre tour de nous faire part de vos souvenirs, de vos expériences heureuses
ou moins heureuses de votre vie d'amateur ou encore de tout autre sujet touchant
la radio dont vous auriez envie de parler.
Jean-Guy Renaud, VE2AIK
Réseau des Beaux dimanches, le 21 décembre 1997.